Importé du droit anglo-saxon, du Canada plus précisément, le processus de médiation existe en Belgique depuis 2005 et gagne petit à petit du terrain. "Le nombre de gens qui optent pour la médiation est encore insignifiant aujourd'hui, c'est trop méconnu", reconnaît le bâtonnier de Charleroi, Alain Fiasse. "Mais il faut savoir que ça existe, parce que ça permet dans beaucoup de cas d'éviter un procès long, coûteux et stressant !"

Il s'est spécialisé de la médiation en matière civile et droit de l'entreprise. Avec Me Virginie Luise, qui propose elle de la médiation en matière familiale, ces avocats voulaient mettre en avant ce processus dans le cadre de la semaine de la médiation.

"Le grand avantage, c'est la souplesse et la rapidité que ça peut offrir", explique Virginie Luise. Les deux parties qui s'opposent, sur base volontaire, se rencontrent dans un endroit neutre et confortable, typiquement un coin "salon" dans un cabinet d'avocat agréé pour la médiation, pour renouer un dialogue souvent perdu. "En cas de séparation, en cas de problèmes entre héritiers ou autre, on remonte parfois à des histoires de famille qui vont très loin, à 10 ou 15 ans. Un passage au tribunal donne une décision légale, juste, mais la communication peut être rompue à tout jamais. Alors que dans le cas d'une famille, ça peut être un moyen de trouver une solution qui convienne à tout le monde, et une fois la communication rétablie, ça peut aider à reconnecter des gens." Alain Fiasse renchérit : "Il y a une dimension humaine très importante, et il n'y a pas le cadre rigide d'une audience. Derrière tout conflit, il y a une personne, même en matière commerciale : quand deux personnes créent une société, elles s'entendent bien, puis il y a des frictions et ça peut se terminer devant un tribunal. Le juge écoutera chaque partie quelques minutes, sans plus, et ce sont les avocats qui feront valoir leurs arguments. Devant un médiateur, à l'inverse, on peut revenir sur le passé, voir ce qui allait bien, voir ce qui va mal maintenant, rétablir un dialogue et voir s'il y a des solutions qui peuvent satisfaire les deux personnes. On le voit souvent : quand il y a un conflit de voisinage, un arbre à élaguer par exemple, il arrive qu'on se rende compte que le vrai problème, c'est le stationnement de la voiture de l'un qui gêne l'autre, ou l'absence de "bonjour", et on peut toucher au vrai problème, qui est en fait plus profond que l'arbre seulement."

© van Kasteel (en illustration: Alain Fiasse)

Un médiateur, s'il est agréé, peut être un notaire, un psychologue, ou un avocat par exemple. De nombreux profils existent. Pour le bâtonnier, l'intérêt d'un avocat (seul médiateur, ou en co-médiation) est qu'il connaît le droit et peut s'assurer que le compromis trouvé entre les parties est légal. "Parce qu'il faut savoir qu'un accord peut être validé par le tribunal, si besoin, pour devenir une décision officielle. Avec l'avantage que la solution contente tout le monde, au lieu d'avoir comme souvent au tribunal une décision de justice qui ne convient qu'à une, voire à aucune des parties."

L'autre avantage de la médiation, c'est le prix. "Il faut compter entre 100 et 150 euros de l'heure pour un avocat médiateur, et le coût est divisé entre les deux parties équitablement. Alors qu'en cas de procès, souvent il faut que chacun ait son avocat et paie donc les honoraires, les frais de tribunal et de procédure, les recours éventuels, le temps de rédaction des conclusions pour le juge, etc." précise Alain Fiasse.

Enfin, bien sûr, le dernier avantage mis en avant, c'est le temps. "Parfois on se rencontre quelques heures toutes les deux semaines, pour les questions familiales, mais ça peut aussi se faire en une après-midi pour des questions commerciales. Et en général, on peut prendre rendez-vous avec un médiateur pour la semaine-même ou celle d'après. A l'inverse du tribunal, où le processus peut prendre des mois, voire plus s'il y a des recours ou des reports", note Virginie Luise.

© van Kasteel (en illustration: Virginie Luise)

Que des côtés positifs à la médiation, donc ? "Plutôt, oui. Depuis 2018, les avocats ont d'ailleurs l'obligation de mentionner son existence aux clients. Et dans certains pays, c'est même obligatoire avant d'arriver devant le tribunal. Il y a évidemment un avantage pour le législateur, le nouveau gouvernement Vivaldi a même dit qu'il pousserait pour la médiation, puisque c'est une façon de désengorger les tribunaux, mais il y a aussi un grand avantage pour les gens, puisque c'est plus rapide, moins cher, moins stressant, et avec possibilité d'avoir une solution qui convienne à tout le monde. Surtout que la médiation n'engage à rien : si ça ne fonctionne pas, l'affaire va au tribunal et tout ce qui a été dit en médiation est tenu secret, comme si ça ne s'était pas passé. C'est aussi l'avantage d'un avocat médiateur, puisqu'il est tenu au secret professionnel", conclut le bâtonnier.