En distanciel, ce vendredi soir, le conseil communal d'Anderlues a voté pour les "douzièmes provisoires" de juin, juillet et août. Pourquoi est-ce important? Parce que derrière ce terme assez obscur se cache un jeu politique de pouvoir entre majorité et opposition.

Pour être clair: Anderlues est en crise politique depuis longtemps. Le PS, en majorité absolue en théorie, se déchire en coulisse, tous les élus socialistes ne votent pas systématiquement les points proposés par la bourgmestre. Et AJC, dans l'opposition, a pu profiter de la situation pour se faire entendre et presque former une majorité alternative, en s'accordant parfois avec les socialistes "dissidents". 

Or, pour faire tourner une commune, il faut établir un budget. Et le budget proposé par la bourgmestre et son équipe n'a pas convaincu, AJC et quatre élus socialistes se sont "ligués" en quelque sorte pour faire amender ce budget, qui n'a finalement pas été accepté par la tutelle. Résultat: la commune est paralysée. Elle ne peut pas investir, elle ne peut pas planifier à court ou long terme, elle ne peut pas payer le personnel. 

Enfin, ça serait comme cela s'il n'existait pas le système des "douzièmes provisoires". En gros, on prend le budget annuel de l'année d'avant, on le divise en douze, et le conseil communal peut voter, mois après mois, ce douzième pour que le strict minimum puisse tourner. Le procédé existe pour permettre d'éviter que "tout ne s'arrête" quand un budget n'a pas pu être proposé par la majorité. "Nous avons voté ces douzièmes provisoires plusieurs mois, en disant à chaque fois que ce serait la dernière fois, dans l'espoir que la situation politique se débloque et qu'un budget qui puisse être approuvé par le conseil communal soit proposé, ce n'est pas arrivé", signale Hadrien Polain, le leader de l'opposition AJC. 

Jusqu'au jour où son groupe - et les quatre élus socialistes dits "dissidents" - ont arrêté de les voter. La majorité, et la bourgmestre socialiste Virginie Gonzalez, a alors crié au scandale. La rumeur s'est répandue comme une traînée de poudre: les employés communaux ne seront plus payés, et ce serait la faute de l'opposition et des élus socialistes qui ont refusé le douzième provisoire. Sauf que rien de tout cela ne s'est passé: de fait, le collège communal a la capacité de débloquer des fonds pour payer le strict minimum, et doit faire approuver ses dépenses a posteriori par le conseil communal. Ce qui a été fait pendant plusieurs mois. "Comprenez-nous bien, nous n'avons absolument pas confiance dans la majorité, et on ne veut pas continuer à donner à des gens à qui on ne fait pas confiance la possibilité de dépenser l'argent public dans des magouilles", a réagi Hadrien Polain d'AJC en séance.

Tout ceci pour en venir au vote d'hier, et pourquoi il est important: le conseil communal a adopté les douzièmes provisoires pour les mois de juin, juillet et août. À douze voix, toutes socialistes, contre 8 de l'opposition. Les "quatre dissidents" ont donc voté une proposition de leur bourgmestre, alors qu'AJC a précisé son refus: "on préfère contrôler a posteriori les dépenses faites par le collège, ça nous donne une meilleure vision sur ce qui est réellement fait."

Ce que ce vote de vendredi dit, c'est donc que le PS a, pour la première fois depuis un bon bout de temps, pu faire "bloc" contre l'opposition AJC. Et ce n'est pas anodin. On vous annonçait en effet ce vendredi que la locale socialiste avaient réintégré les "quatre dissidents" qu'ils avaient fut un temps essayé d'exclure du parti. Deux d'entre eux, échevins, ont d'ailleurs retrouvé cette semaine les attributions qui leur avaient été confisquées. Et un nouvel échevin devrait faire son apparition dans les prochains jours au collège d'Anderlues, il ne serait pas impossible qu'il s'agisse - à nouveau - d'un des dissidents. 

La fin de la crise politique n'est peut-être pas si loin... bien qu'il faille remarquer que, ce vendredi en conseil, les "quatre dissidents" n'ont pas non plus accepté tous les points proposés par la bourgmestre. Ils ont tantôt voté avec elle, tantôt contre.