En 1965, l’arrivée de Caterpillar dans la région, c’est un rêve inespéré, le tapis rouge qu’on déroule sous les pas du géant américain longuement courtisé, la conviction d’une éternité économique sans faille, des emplois par milliers, un savoir-faire carolo qui s’exporte et cette pelle mécanique sur un rond-point sur la N 5, pour en glorifier l’implantation.

Il y avait bien eu depuis quelques fissures épisodiques. Mais comme on disait plus tôt que tout allait bien pour Charleroi quand les ACEC marchaient, Caterpillar jouait le rôle du baromètre rassurant. Cela, jusqu’en février dernier quand le ciel est tombé sur la tête de la région : on allait "se séparer", comme on dit pudiquement, de 1.400 emplois, dont 1.100 ouvriers, pour rester compétitif et pour continuer à vivre, simplement.

C’était la condition mise à la viabilité future de l’entreprise, frappée elle aussi par la crise, ces départs massifs annoncés, bien au-delà des secousses déjà rencontrées, des chutes de production obligées depuis l’arrivée des années soixante, et des ralentissements de rythme.

C’en serait donc fini de ces carrières où on entrait chez Caterpillar avec la certitude d’y rester jusqu’à la retraite.

Rien ne s’est passé sans mal. Une task force a évidemment été mise en place, comme cela se pratique en pareil cas. Elle s’est émue, parce que tel est notamment son rôle, même s’il n’est pas toujours certain qu’elle ait un pouvoir qui aille au-delà de la seule émotion, à Charleroi.

On a donc débattu longtemps, des mois durant, entre direction et syndicats avant d’arriver en novembre, à un accord certes douloureux mais en forme de moindre mal. Les syndicats l’ont dit alors : ils sont allés jusqu’au bout du possible.

L’accord intervenu a recueilli près de 75 % d’adhésion, tant sur les modalités de départ de ceux qui allaient quitter l’entreprise, que sur les conditions de travail de ceux qui resteraient, avec les flexibilités admises, notamment.

Accord encore, pour les employés et les cadres, ensuite. Caterpillar continue, bien sûr. Mais un jour de février, une image s’est brisée.