Cédric est un grand gaillard d'Anderlues. À 45 ans, il a été appelé au tribunal correctionnel, et il s'est donc présenté, seul, sans avocat, convocation en main. "Vous savez ce qu'on vous reproche?", lui a demandé le juge Davio. "Non j'ai juste reçu ceci pour me dire de venir au tribunal", répond d'une voix bourrue Cédric.

Sur la convocation, il y a marqué ce qui lui est reproché. "Bah je ne sais pas lire moi", admet-il. Le juge de répondre: "on vous accuse une rébellion et des menaces sur des agents de police, le 12 décembre 2019." Devant le début d'éclat de rire dédaigneux de Cédric, le juge Davio semble avoir du mal à conserver son calme pourtant olympien. "J'ai rien menacé, c'est eux qui à chaque fois qu'ils me voient ils veulent me mettre une contravention !"

Cédric ne souhaite pas d'avocat. Trop cher, puisqu'il n'a pas droit à un pro deo vu qu'il gagne sa vie correctement. Il estime aussi qu'il ira en appel si le jugement ne lui plait pas, et que là il prendra un avocat. Le juge Davio a remis le dossier, pour laisser le temps à Cédric de bien prendre conscience de ce qui lui est reproché, et de considérer un avocat. "Bah j'ai pas menacé ni frappé, donc j'ai rien à me reprocher... j'ai peut-être un peu gueulé, oui, mais voilà. Je demanderai à ma soeur de me lire le document."

Il a quitté la salle avec un post-it reprenant la date de la prochaine audience. "Attention, vous ne recevrez pas de nouvelle convocation", lui précise tout de même le juge Davio. "J'ai une bonne mémoire", rétorque Cédric, disparaissant dans les couloirs du palais de justice.