Charleroi

Au 100, les standardistes ont l’habitude de gérer les urgences mais parfois ça dépasse l’entendement.

Le 28 avril 2018, un homme appelle le 100 et se présente comme étant Dark Vador. "C’est encore Franc", s’exclame immédiatement le standardiste de la centrale d’appels. L’homme est, en effet, bien connu des services téléphoniques d’urgences pour appeler dans un état second et délirer pendant de longues minutes. Ce jour-là, le binchois va rappeler 30 fois en 2 heures. Tantôt pour prévenir d’un attentat à la bombe fictif, tantôt pour expliquer qu’il va libérer sa fille emprisonnée ou encore pour annoncer son départ à la guerre.

Monopoliser ainsi une ligne d’urgence n’a rien d’anodin et peu avoir des conséquences, Franck se retrouve donc inculpé pour harcèlement téléphonique. Au tribunal, il reconnaît qu’il lui arrive de "se sentir seul et de s’enfiler 2 bouteilles de Pineau-des-Charentes avant de comater." Il ne se rappelle pas avoir passé des coups de fils mais admet que c’est bien possible.

Pour David Dufrasnes, substitut, la justice est à cours d’options. Le casier du prévenu est, en effet, rempli de condamnations liées à l’abus d’alcool. Franck a toujours su contourné la case prison mais aujourd’hui, cela semble inévitable. Il est d’ailleurs toujours sous mesures probatoires liées à une condamnation antérieure et est suivi psychologiquement. Le parquet a donc requis une peine de 18 mois qu’il espère suffisamment dissuasive.

À la défense, Me Charles Basselier avoue être désemparé par l’attitude de son client. Mais pour lui, le problème, c’est la solitude dans laquelle vit Franck. Il n’a presque pas de famille, pas d’enfants, peu de loisirs et personne vraiment à qui parler. Désœuvré, il appelle alors les numéros d’urgence dans l’espoir d’y trouver une oreille attentive. Pour son avocat, la prison ne résoudrait rien, il lui faut un suivi constant et plus radical.

Le procès a été mis en continuation au 9 mars pour laisser à la défense le temps de proposer un cadre pour d’éventuelles mesures de probation.