Le drame qui s'est produit à Namur avec le décès d'un sans abri n'ayant pas voulu intégrer un accueil de nuit n'est hélas pas isolé et révèle d'autres problèmes qu'au Relais Social on tente non seulement d'identifier mais aussi d'y apporter des réponses les plus adaptées possible.

Une des premières difficultés rencontrées est déjà de convaincre une personne d'intégrer un accueil de nuit. "Les sans abri savent où aller pour ne pas être trouvés. Les éducateurs de rue ont déjà fort à faire pour trouver et encore plus pour les convaincre de se mettre à l'abri la nuit afin d'éviter les grands froids," explique Jérémy Wilmot du Relais Social de Charleroi.

Comme il est impossible d'obliger quelqu'un à intégrer un abri de nuit, les travailleurs sociaux doivent avoir une bonne connaissance du public fragilisé et les arguments nécessaires également. "Pour certains, il est clair qu'ils sont suffisamment équiper avec des tentes, des couvertures et tout ce qu'il faut pour ne pas périr du froid. Pour d'autres le travail est plus compliqué car ils sont déconnectés et sont en marge complète de la société. Les raisons invoquées principalement sont le refus de la collectivité et les violences possibles. Certains ne veulent pas non plus être mélangés entre sans abri et sans papier. L'impossibilité de consommer de la drogue ou de l'alcool fait aussi partie des raisons qui ne sont pas dites très ouvertement." Si les structures d'accueil ont leur public, d'autres types d'initiatives ont été testées comme un accueil non cadré tel l'ouverture des gares durant la nuit. La consommation de drogue et d'alcool entraîne d'autres problèmes.

Pour le Relais Social, trouver un hébergement d'une nuit est certes une bonne chose mais c'est aussi l'arbre qui cache la forêt. "Les problèmes rencontrés par les sans-abri sont plus complexes. Il y a bien entendu un problème de logement mais aussi des problèmes sociaux et de santé. L'une des solutions et est Housing first. Ce type d'actions permet de retrouver un logement et d'être accompagné pour retrouver une situation stable. La personne est encadrée et chacun de ses problèmes est évalué et solutionné tant que cela peut se faire."

Si la Ville de Charleroi compte 92 places pour accueillir les SDF, le coût reste conséquent. "Nous avons calculé qu'en moyenne, une nuit dans un abri de nuit coûte 90 euros à la collectivité et beaucoup moins quand une personne est accompagnée dans le cadre d'un programme d'housing first. La personne aura intégré un logement, pourra récupérer ses droits et prendra elle-même en charge son quotidien."

Les raisons pour lesquelles les hommes et les femmes ne se tournent pas vers les accueils de nuit sont sensiblement les mêmes hormis que les femmes craignent plus les faits de violences mais sont aussi souvent depuis plus longtemps. Elles auraient aussi plus tendance à trouver à s'abriter chez quelqu'un ce qui engendre des phénomènes comme la prostitution. Les femmes constituent un tiers des sans abris de Charleroi mais ne sont que 15% à fréquenter les abris de nuit.

Si l'accueil momentané l'espace d'une nuit n'est qu'une solution d'urgence, pour le Relais Social il serait nécessaire de créer des accueils ouverts 24 heures sur 24 afin d'y privilégier l'accompagnement.

Les centres d'accueil de nuit de la région de Charleroi sont le Triangle, l'abri de nuit Dourlet, à Dampremy, à la rue Neuville à Charleroi et le cas échéant 8 places peuvent être ouvertes à Marchienne.