Si l’appellation de chancre a pu s’appliquer à une partie du centre de Charleroi, c’est bien celui des abords du Monument, à la Ville Haute. S’y concentrait l’essentiel des disgrâces du cœur de ville : une voirie à l’abandon, un environnement transformé en décor de gigantesque poubelle, des parcovilles pour couronner le tout et servir de support à la plus intense consommation de canettes de pipi de chat de toute l’agglomération.

Bref, une de ces entrées de ville qu’on n’hésite pas à ignorer quand il s’agit de vanter les mérites d’une métropole en devenir du XXIe siècle. Et on évoque que, pour mémoire, l’efflorescence de commerces relativement suspects, qui avaient élevé l’économie parallèle au niveau d’un des beaux-arts avec, en prime, une insécurité latente.

Puis est venu, en mai, le plan Vauban. Simple, mais il fallait y penser. Non pas tant à cause de son intitulé ronflant, propre à rappeler la citadelle jadis bâtie pour mieux rafraîchir celle, sociale, d’aujourd’hui. Et là, miracle tripartite, on doit à la majorité le mérite de reconnaître qu’elle a découvert les vertus de la transversalité.

Oui, pendant ces mois-là, le bourgmestre, son échevin de la Voirie et son échevin de l’Environnement ont su mener une opération en commun, forme notable d’union consacrée, à ce point évidente pourtant qu’on se demande pourquoi on n’y a pas pensé plus tôt. Et si on y a pensé, pourquoi on ne s’était pas donné les moyens de l’appliquer.

Quelques mauvais plaisants y ont vu la confirmation de ce qu’ils pensaient : il est plus facile de travailler en tripartite qu’en monocolore, ont-ils raillé, les cuistres. Paul Magnette, Eric Goffart et Cyprien Devilers, main dans la main, le plan Vauban a donc fonctionné, non sans l’appui des services de l’auditeur du Travail, Charles-Eric Clesse, avec l’objectif commun d’une propreté ramenée.

Depuis, on a poursuivi sur cette lancée, et des moyens supplémentaires ont été votés, qui permettront, dans le même secteur, une réfection de la voirie et de trottoirs qui n’ont plus vu depuis quelques hivers l’ombre d’une pelleteuse.

Quant à l’environnement, il est l’affaire d’un nettoyage sans cesse répété et toujours à refaire, avec l’obstination de ces ménagères qui avaient à cœur de faire leur filet d’eau, jadis.

Et puis, Vauban a suscité des jalousies et fait naître des envies : il n’y a pas que le centre-ville, il y a les autres quartiers, il y a Gilly et Gosselies, auxquels on a pensé. Bref, il faut exporter Vauban.