Charleroi Selon le parquet et la partie civile, l’absence de rambarde a coûté la vie à Eddy Bernard.

La société Industeel, qui fait partie du groupe sidérurgique Arcelor Mittal, était citée comme prévenue devant le tribunal correctionnel de Charleroi, ce lundi matin.

Le parquet lui reproche un homicide involontaire par défaut de prévoyance ou de précaution d’Eddy Bernard, un ouvrier de 44 ans qui a perdu la vie sur son lieu de travail, en février 2015. Ce jour-là, le quadragénaire était chargé avec un collègue de déboucher le "trou de coulée", à savoir l’orifice par lequel l’acier liquide s’écoule du fourneau après fusion. Muni d’une lance thermique de 6 mètres de long et pesant 15 kilos, Eddy Bernard devait "craquer" ce bouchon de dolomie. Son coéquipier était quant à lui charger d’allumer la lance à l’aide d’un chalumeau, si d’aventure la chaleur de la lave métallique ne le faisait pas automatiquement. "Subitement, j’ai senti la lance thermique cogner mon casque. Le temps de me retourner, Eddy avait disparu", a raconté le collègue en question aux enquêteurs.

L’ouvrier, qui se trouvait sur le marchepied du chenal, avait en effet glissé dans un interstice d’une trentaine de centimètres et s’était écrasé 15 mètres plus bas. Eddy Bernard n’a malheureusement pas survécu à ses blessures.

Cet accident mortel a forcément engendré la descente de l’auditorat et des services du bien-être au travail qui ont conclu à un défaut de prévoyance de la part d’Industeel. Une thèse partagée par Me Vincent Dusaucy, conseil de l’épouse et de la soeur d’Eddy Bernard. "En 2013, une analyse de risques avait déjà démontré la nécessité d’une rambarde à cet endroit. Rien n’a été réalisé à part un ajout insuffisant", a expliqué l’avocat qui réclame 1500 euros pour la soeur de la victime et un euro symbolique pour l’épouse, indemnisée grâce à la collecte organisée par les collègues d’Eddy Bernard.

Du côté du parquet, le substitut Dascotte a également demandé la condamnation d’Industeel pour homicide involontaire alors que Me Monforti, conseil de l’entreprise, plaide l’acquittement. Selon l’avocate, il s’agit d’une erreur invincible et non d’un défaut de prévoyance. "Depuis 1977, aucun incident n’a été déploré alors que les ouvriers réalisent 7 à 8 coulées quotidiennes" a précisé l’avocate. Jugement le 12 décembre.