Rencontre avec l’auteur du polar carolo Vengeances et Mat, Ben Choquet.


Ben Choquet a écrit Vengeances et Mat et La vie a une fin, la vengeance pas, deux thrillers qui se passent à Charleroi. L’intégrale est sortie chez Kennes éditions le 23 octobre, après une auto-édition pour les premiers tomes. On peut désormais trouver son roman partout en Europe, dans les librairies francophones, et demain au Québec.


Comment tout a commencé ?

"J’avais écrit Vengeances et Mat, à quatre mains à l’époque, et on a rencontré neuf éditeurs lors de la foire du Basson à Charleroi. Une semaine après j’avais deux propositions de contrat, mais le premier voulait n’en sortir que 100 exemplaires, et le deuxième voulait en imprimer 500 en Europe de l’Est, tout en vendant le bouquin super cher. Je me suis dit que ce n’était pas possible, on s’est donc dirigé vers l’auto-édition."

Via un crowdfunding.

"Et les futurs lecteurs ont avancé 10 000 euros, j’ai donc fait tirer 1 500 exemplaires. Tout le monde m’a dit que j’étais fou, que 500 pour un premier roman c’était déjà énorme. Mais huit mois après, j’avais quasi vidé mon stock, et tout est parti quand j’ai tiré le second tome."

Donc, plus de stock.

"Là, je me suis dit : OK, soit je fais réimprimer. Mais combien ? Et je réédite les deux ou je fais une intégrale ? Finalement, j’ai appelé Dimitri Kennes, qui m’avait conseillé pour l’auto-édition. On a décidé de faire une intégrale, en retravaillant le texte et la mise en page. Il en a tiré 5 000 exemplaires directement, en lançant une campagne de pub sur RTL en même temps, et en organisation une diffusion en France, Belgique, Suisse et dans les librairies francophones d’Europe… je suis passé de l’artisanat au monde des pros d’un coup."

Et maintenant vous enchaînez les séances de dédicace.

"Je le faisais déjà avant. Pas parce que les gens veulent rencontrer Ben Choquet, mais parce que je suis plutôt bon vendeur, et si je suis en librairie je peux aller voir les gens, leur parler de mon livre, essayer de leur vendre le concept, leur donner envie d’essayer de le lire. J’ai tourné dans la région avec l’auto-édition, parce que quand j’ai mis le point final à mon roman, je n’étais plus auteur, je devais devenir vendeur."

Mais c’est différent maintenant ?

"Oui, j’ai treize dates prévues à Liège, Bruxelles, Louvain-la-Neuve, Arlon. Partout en Belgique, alors que le plus loin que j’étais allé avant, c’était Nivelles. Et puis j’ai des dates à l’international aussi, à la Fnac du Grand-Duché de Luxembourg et le Leclerc de Rodez en France, à deux heures de Toulouse. En plus, je sais que le bouquin part à la Réunion et à Pékin, dans des valises. Et la bibliothèque de la Fédération Wallonie-Bruxelles a Kinshasa l’aura aussi, le tome I était déjà dispo là-bas. Je m’éclate beaucoup et j’ai énormément de plaisir. C’est un vrai plaisir, pur, de rencontrer les lecteurs, j’ai envie de vivre ça à fond, même si je fais ça sur le côté, j’ai un boulot, je n’ai pas besoin de vendre des livres pour vivre (il travaille chez Igretec, NdlR)."

C’est quoi la suite ?

"Je travaille sur un nouveau roman, une histoire indépendante mais avec un crossover des personnages. Ça se passera plus tôt, avant les événements de Vengeances et Mat. Un polar thriller, avec une touche de Western. J’espère que Kennes sera preneur aussi ! Et le lundi, je vais dans les écoles à partir de la 5e primaire, pour donner aux enfants le goût de la lecture et de l’écriture. Quand j’étais petit, je ne lisais pas et j’écrivais mal, ça m’a en fait beaucoup manqué."

Pourquoi faut-il lire Vengeances et Mat quand on est carolo ?

Malgré des personnages aux traits de caractère un peu forcés, on se laisse facilement prendre au jeu : le vrai se mêle au faux, la réalité à la fiction.

C’est l’histoire d’une flic à Charleroi, et d’un meurtre. Puis d’un deuxième et d’un troisième. Puis d’une nuit d’horreur qui marquera à tout jamais l’inconscient d’une nation entière. On ne peut pas trop en dire pour ne pas gâcher la lecture, mais c’est - en gros - l’histoire d’une enquête et de moments de vie d’une policière carolo. Dans des lieux qu’on connaît tous. La place du Manège, l’hôtel de Ville, la place de la Digue et la rue du Grand Central, les quais, le quartier des finances, la place Verte : ville basse, ville haute, l’ensemble de Charleroi y est décrit.

Un peu comme un New-Yorkais écrirait un thriller dans les rues de New-York, le romancier carolo Ben Choquet écrit un thriller dans les rues de Charleroi. Et ça fait un mélange détonant : très carolo, très belge, mais aussi un côté cinéma hollywoodien, notamment pour l’intrigue.

Le manquer serait passer à côté l’occasion de redécouvrir sa ville sous un autre œil, dans un autre contexte, où des lieux connus pourront vous glacer le sang et vous donner envie de visiter ceux que vous connaissez mal.

  • Vengeances et Mat, par Ben Choquet chez Kennes Éditions, 415 p., 21,90 €