Ce mardi, le corps sans vie d'un nourrisson de quelques heures était découvert dans une maison de la rue Chausteur à Lodelinsart. Plus tôt, dans la nuit de lundi à mardi, une femme avait été prise en charge par les secours pour une forte hémorragie, qui s'est révélé en fait être un accouchement. Personne, même la femme, ne disaient être au courant de la grossesse.

Ce phénomène, très rare puisque estimé entre 0.5 et 3 pour 1.000 naissances en France, est appelé un déni de grossesse. Mais puisqu'un nourrisson est mort, le parquet joue son rôle et a ouvert un dossier à l'instruction. Le parquet de Charleroi nous le confirme: le dossier a été ouvert avec une qualification d'homicide volontaire, sans avoir d'éléments à charge de la mère. Ce sont les circonstances du drame et la découverte du nourrisson qui ont conduit le juge d'instruction à retenir cette qualification. Qualification qui peut d'ailleurs changer à tout moment, en fonction des éléments du dossier.

Mais si le dossier devait aller jusque devant un tribunal, voire une cour d'assises en cas d'infanticide, que peut nous apprendre la jurisprudence ? D'après nos recherches, de nombreux décès de nourrissons dus à un déni de grossesse ne vont pas devant un tribunal, puisque ce sont malheureusement souvent des bébés retrouvés sans la moindre trace d'un parent à proximité. Dans le cas tragique de Lodelinsart, par contre, père et mère sont connus.

L'infanticide est passible de 10 à 20 ans de réclusion. Mais dans deux cas belges, assez récents, les mères ont été acquittées : 

  • En 2010, une mère montoise a été acquittée par la cour d'assises, qui a reconnu que l'infanticide était lié à un déni de grossesse. Dans ce dossier, la jeune mère a paniqué et a étouffé son bébé juste après lui avoir donné naissance.
  • En 2018, une autre mère, à Tournai cette fois, était acquittée : elle avait, elle aussi, fait un déni de grossesse mais était poursuivie pour homicide involontaire par défaut de prévoyance. Elle avait accouché sur les toilettes, durant près de 5 heures. Quand les secours sont arrivés, l'enfant était mort dans la cuvette.

Ici, ce sont probablement les résultats de l'autopsie du nourrisson qui dicteront les actions du ministère public. La famille, par la voix du père, se défend en tout cas d'avoir quoi que ce soit à se reprocher : un déni de grossesse, une fausse couche et un enfant mort-né font, d'après eux, de ce dossier un drame, plutôt qu'un crime.