Charleroi La sixième édition partira du pont de la gare du Sud de Charleroi ce samedi soir.

Onze ans après la dernière coulée de fonte, l’ancien haut fourneau n°4 de Carsid continue à mobiliser des métallos. Il ne s’agit plus d’alimenter l’outil en matière première mais de se battre pour sa préservation : la cathédrale de feu représente en effet l’ultime témoin de la ligne à chaud de Charleroi, dans un bassin sidérurgique meurtri par la mondialisation et l’impact des restructurations.

C’est dans la nuit du 10 au 11 novembre 2008 que l’équipement avait été mis à l’arrêt. Quatre ans avant l’annonce de la fermeture définitive de l’usine qui employait plus de 900 travailleurs. Pour la sixième fois, une marche aux flambeaux commémorera ce deuil le samedi le plus proche de la date anniversaire, c’est-à-dire ce 9 novembre. L’hommage débutera vers 18 h par un dépôt de fleurs aux pieds du forgeron sculpté par Constantin Meunier, devant le pont Baudouin face à la gare du Sud, en présence de nombreux sympathisants, dont des délégations de Liège, Sidmar Gand et Anvers. "Il n’existe aucun mémorial en souvenir de nos morts", déplore Luigio Spagnuolo, président de l’association Culture HF4 du cœur.

Il est important de s’incliner devant nos camarades tombés sur leurs lieux de travail. Ce geste sera aussi porteur d’espoir : celui de conserver l’outil et de lui assurer un avenir, pour que ce qu’il représente puisse être transmis aux jeunes générations, complète Angelo Luciano, un travailleur d’Industeel. Vers 18 h 30, un cortège partira vers la porte n°2 de Carsid, sur le parking d’Industeel à 800 mètres de là. C’est là que sera installé le stand de l’association, avec vente de T-shirts, casquettes et bar pour se réchauffer. Pour les anciens métallos, l’événement se prête à un rappel à l’urgence. "Voici près de six mois, nous avions demandé à la Ville la convocation d’une table ronde pour discuter de la protection du haut fourneau. Nous n’avons jamais reçu de réponse."

Or, le temps presse : l’inscription sur la liste de sauvegarde du patrimoine wallon n’a qu’une validité d’un an et le délai expire le 19 mars. Pour Luigio Spagnuolo, il faut renégocier à la baisse le rachat de l’outil. Des travaux de démantèlement en ont altéré la valeur, insiste-t-il, en évoquant le démontage des staves de refroidissement en cuivre. "C’est un peu comme une voiture dont on aurait enlevé le moteur." Et de proposer de se limiter à l’euro symbolique. Le collectif du HF4 a écrit en ce sens aux ministres wallons compétents. Ainsi qu’à Paul Magnette.