Onorio et Aldo étaient tous les deux originaires de la région du Frioul, dans le nord de l’Italie. Ils sont venus à Charleroi en 1946 pour travailler dans les mines de la société de charbonnage Monceau-Fontaine. À l’occasion des 75 ans de l’accord belgo-italien, leur enfant respectif, Giuseppe un habitant de Monceau-sur-Sambre et Ornella, une jumetoise se remémorent leurs propres souvenirs de jeunesse. "Nous sommes venus rejoindre mon père en 1948. J’avais 13 ans. Le voyage a duré deux jours. Nous avons passé une nuit dans un bâtiment en dessous de la gare de Milan. Il y avait une centaine de lits. Femmes et enfants étaient entassés là. C’était le désastre. Puis de là, nous avons pris le train pour Charleroi", se souvient Giuseppe. "Mais beaucoup de personnes, dont ma mère Margherita, ne voulaient pas descendre car elles pensaient que ce n’était pas la bonne ville", enchérit Ornella.

À leur arrivée au Pays noir, les deux familles vivaient dans des baraques. Les conditions étaient très difficiles. "Quand ma mère a vu ça, elle ne voulait pas rester. Elle voulait retourner en Italie. Mais un missionnaire italien était présent pour convaincre les familles de ne pas partir", ajoute Giuseppe. Les baraques étaient composées d’une série de quatre logements. Il y avait un seul WC pour les quatre familles. "En 1952, le Premier ministre italien de l’époque a rendu visite aux mineurs. En vitesse, la société de Monceau-Fontaine a construit des maisons en brique à Monceau-sur-Marchienne et donc plusieurs familles ont pu quitter les baraques pour ces nouvelles habitations. Le Premier ministre italien a visité ces logements mais il n’a jamais vu les baraques." "Dans une de ses lettres que ma mère a envoyées à sa sœur, elle disait que les maisons à Charleroi étaient noires", complète Ornella.

Toutefois, tout n’est pas négatif. Selon les souvenirs de Giuseppe, une communauté entre les italiens du Nord et du Sud s’est créée. " À l’école, les élèves nous traitaient de "macaronis." Les Italiens ont beaucoup apporté aux Belges. "Nous leur avons fait découvrir les pâtes à la sauce tomate par exemple, avant ils mangeaient des pâtes au sucre…" Les deux communautés vivent maintenant en harmonie.