Les deux prévenus, qui semblaient ne pas comprendre pourquoi ils comparaissaient devant la justice, étaient poursuivis pour viols, attentats à la pudeur et voyeurisme par enregistrement sur la jeune Fatima (prénom d'emprunt), fille de Sabrina et belle-fille de Djamel.

Durant six longues années, cette dernière a vécu l'horreur, victime de violences sexuelles de la part de Djamel, son beau-père. En janvier dernier, la jeune femme a courageusement dénoncé des faits de viols et d'attentats à la pudeur dans un commissariat bruxellois, soutenu par un ami qu'elle venait de rejoindre en fuguant le domicile familial.

Des viols filmés

Depuis ses 11 ans, Djamel a violé la jeune fille, deux fois par jour, dans le salon. Pendant ce temps, Sabrina montait à l'étage pour faire les lits avec les enfants. Le premier abus sexuel avait eu lieu en janvier, alors qu'elle était en 6e primaire. "Au début, elle a même cru que son beau-père la prenait dans ses bras pour lui faire un câlin", confiait le parquet en se basant sur les explications fournies par la victime.

Les cartes mémoires découvertes dans le téléphone de Sabrina ou planquées dans la coque de son GSM confirmaient ces viols. "Il y avait 23 vidéos de la victime dans le GSM de la maman, ainsi qu'une photo dans la carte mémoire. Trois autres cartes mémoires de caméras Gopro ont révélé l'existence de quatre vidéos montrant les abus sexuels." Une des Gopro a été mise au-dessus de la garde-robe de la chambre de Fatima, la filmant à son insu.

Le 22 décembre dernier, Djamel et Sabrina ont adopté la même attitude en niant en bloc les préventions. Pourtant, Sabrina avait préalablement reconnu la main et le sexe de son mari sur des vidéos, de même que le pyjama et les fesses de sa fille. Devant des psychologues, elle avait réitéré ses propos. Mais face au tribunal, cette dernière avait radicalement changé de version, invoquant une pression policière. "Si je ne disais pas oui, la police me menaçait de me retirer mes autres enfants, et ça, je ne le veux pas. Si j'avais su ce qu'il y avait sur ces vidéos, je les aurais jetées, ça me paraît logique."

Des peines de 10 et 8 ans de prison étaient respectivement requises contre le beau-père et la mère. Le tribunal correctionnel a finalement décidé d'infliger la même peine de prison au couple: 10 ans ferme. Libre avant le prononcé, Sabrina est repartie rejoindre son époux derrière les barreaux, avec une arrestation immédiate ordonnée par la justice. Cette dernière était au courant des faits et facilitait même le passage à l'acte de Djamel, précise le jugement.

* Pour rappel, un numéro gratuit, le 0800 98 100, existe. Géré par SOS Viol, il offre écoute anonyme et soutien aux personnes victimes de violences sexuelles et à toutes celles et ceux concernés par la problématique.