Plus que des parrains, ils accompagnent les personnes souffrant d’assuétudes.

Les pairs-aidants sont des personnes qui ont connu une problématique en santé mentale, addiction et/ou précarité. Après rétablissement et formations, pour certains, ils sont habilités à aider les personnes qui vivent les mêmes problèmes qu’ils ont vécus.

Ceci pourrait faire penser à un système de parrainage, sauf que dans le cas des pairs-aidants, il existe une réelle volonté de se faire reconnaître par les autorités publiques.

Ils souhaitent que leurs actions soient professionnalisées et prétendent à une valorisation salariale de leurs compétences.

Pierre Fagnoy est vice-président de l’ASBL En route. Au sein de celle-ci, il milite pour une meilleure reconnaissance et une professionnalisation de l’accompagnement via la pair-aidance. "Nous défendons le fait que nos interventions soient reconnues comme une réelle plus-value dans le processus d’aide aux personnes. Nous trouvons que nous pouvons tout à fait être à notre place dans des services de santé mentale ou avec les équipes médicales sociales présentes en rue."

S’il passe une bonne partie de son temps à interpeller les autorités publiques capables de faire évoluer la reconnaissance des pairs-aidants c’est parce qu’il a remarqué qu’à un moment le processus de "revalidation" connaissait des couacs en termes d’échanges avec les professionnels de la santé. "La phrase qui revient toujours des autres professionnels de la santé mentale, c’est que quand ils s’adressent à une personne fragilisée elle leur répond ‘vous ne me comprenez pas, vous n’avez jamais vécu ce que je vis.’ Quand arrive ce moment-là, le pair-aidant peut répondre et invoquer une connaissance réelle de la problématique de l’assuétude."

Cette pratique permet d’instaurer une plus grande relation de confiance pour aller plus loin dans la communication. L’accompagnement par un pair-aidant permet également d’éveiller un certain espoir. "J’ai personnellement un passé de toxicomane. Quand j’explique aux personnes que j’ai reconstruit ma vie, que j’ai eu de chouettes boulots, que j’ai une famille, pour eux c’est quelque chose de porteur."

Si Tournai et Liège ont déjà fait les démarches pour inclure des pairs-aidants dans leurs services d’aide, à Charleroi, on n’en est qu’aux présentations. Récemment, une demande à l’AVIQ afin de bénéficier d’une subvention. La réponse est encore en attente.

Pierre Fagnoy dispense aussi des formations destinées à l’intégration de pairs-aidants dans les équipes d’accompagnement. Pour l’instant, tout le monde semble intéressé par la pair-aidance mais les fonds et les aménagements tardent à venir. Le Parlement wallon s’est aussi penché sur la question mais jusqu’ici, Pierre attend toujours les premiers retours officiels qui, d’après lui, apporteraient un soulagement aux professionnels de la santé.