Soutenez-vous la lutte pour les droits des femmes? Pourquoi c'est important ?

"C'est un vaste débat ! Je veux insister sur le droit des femmes, et pas la journée de la femme : on n'est pas une minorité à protéger. À titre personnel, j'ai la chance de travailler au sein des services de police, qui assure une égalité. Au quotidien, je n'ai pas à me battre pour une égalité de droit, parce que du côté salarial, statutaire, accessibilité des fonctions, etc. ce souci-là n'existe pas. Mais je conçois parfaitement que dans certains secteurs et domaines, voire dans certains pays, il y a encore pas mal de choses à faire et pas mal d'actions à mener. Pour ça, la lutte pour le droits des femmes me semble légitime et importante."

Avez-vous un exemple de difficulté sexiste qu'il a fallu surmonter pour arriver où vous en êtes ?

"Personnellement, je n'ai jamais dû batailler pour être reconnue par mes pairs... enfin, je pense être reconnue en tout cas ! J'ai eu la chance d'avoir une carrière principalement opérationnelle: j'ai couvert l'Euro 2000, des manifestations partout dans le pays avec une unité de collègues policiers sur le terrain, puis j'ai dirigé des enquêtes et recherches, dirigé cette équipe composée d'hommes d'âge mûr, puis j'ai géré la direction des opérations de la zone de police Nivelles-Genappe avant d'arriver aux Trieux. Dans mon travail, je n'ai jamais eu à batailler, ni l'impression d'être montrée du doigt ou d'avoir moins de possibilités. Peut-être, cela dit, que j'ai eu plus l'impression d'avoir été observée un peu plus : voir si ça va aller, si ça ne va pas aller. Mais en faisant mon travail, et en le faisant bien, j'ai pu être reconnue."

Avez-vous eu l'impression de devoir faire plus de sacrifices, de devoir plus prouver vos compétences, de moins avoir droit à l'erreur ?

"Même pas ! Peut-être que j'ai été observée avec plus de réserve, en se disant "tiens est-ce que ça va aller?", comme je le disais. Mais j'ai pu convaincre assez rapidement par mes actions et mon travail. Il y avait peut-être du doute dans les yeux de certains, mais il s'est assez vite dissipé. Le nœud du problème, c'est concilier vie privée et professionnelle. Mais tout le monde a du mal à concilier les deux, pas que les femmes. Et au plus on monte dans la hiérarchie et qu'on prend des responsabilités, au plus on a cette obligation, ou cette volonté, d'être disponible sur le plan professionnel. J'ai deux enfants, et quand mes filles étaient plus jeunes, j'ai raté certains moments importants, mais pas plus qu'un homme, cela dit. Avec la féminisation qui est de plus en plus présente, à la police comme dans les autorités en général, politique par exemple, on peut aujourd'hui faire beaucoup de choses. Je ne me sens pas coupable d'avoir fait ces choix, et je ne ressens pas non plus un quelconque jugement sur mes choix. Je crois qu'il y a certaines femmes qui s'interdisent de postuler à certains postes, qui ont peur du regard d'autrui, mais personnellement je n'ai pas eu ce problème. Au niveau personnel, ça demande des sacrifices, bien sûr, mais on aménage notre vie en conséquence pour pouvoir continuer à vivre."

Au quotidien, êtes-vous entourée d'hommes ?

"Oui, beaucoup. En tant que cheffe de corps, je suis la seule femme sur 23 zones de police dans le Hainaut. Et on n'est que 4 femmes cheffe de corps dans toute la Wallonie. Clairement, nous sommes en minorité. Même au quotidien dans ma zone, au niveau de la direction, je n'ai pas eu de femmes commissaires qui ont postulé. Pour tout ce qui est logistique et les finances, c'est par contre une femme qui s'en occupe aux Trieux. Le milieu est très masculin, c'est sûr."