L’écrivain à succès sera ce jeudi 31 janvier au soir à la librairie Molière pour présenter son dernier livre : Félix et la source invisible.


C’est en voisin qu’Éric-Emmanuel Schmitt fera le voyage de la cité carolo pour se livrer à cet exercice qu’il aime beaucoup, aller à la rencontre de ses lecteurs. On le sait, l’auteur de Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, qu’il est venu jouer récemment au Temps choisi de Gilly, a acquis il y a une douzaine d’années une ancienne demeure du côté de Gerpinnes. "J’étais à Capri, raconte-t-il, je n’en pouvais plus de ces vacances, j’avais envie d’avoir mon chez-moi en Belgique, à la campagne. Je suis allé sur Internet, j’ai visité plusieurs habitations et c’est ma chienne qui a décidé. Elle s’est couchée sous un tilleul et m’a fait comprendre ‘c’est ici et nulle part ailleurs’. Elle sent les bonnes ondes, je lui fais confiance. J’y ai fait des aménagements grâce à de nombreux artisans de la région, les travaux ont duré quatre ans."

Son parachutage a été très bien accueilli par le voisinage. "Pendant que se déroulaient les travaux, se souvient-il ému, lorsque quelque chose de bizarre se produisait, ils me prévenaient. Et si quelqu’un que je ne connaissais pas demandait mon adresse aux habitants, ceux-ci répondaient qu’ils ne savaient pas. Ça m’a beaucoup touché et bouleversé."

Malgré un emploi du temps chargé, il prend du temps pour y séjourner et se promener avec ses trois chiens dans les environs. "C’est devenu la maison de famille. J’y serai au printemps pour écrire mon prochain livre." Avant d’acquérir ce bien, le juré de l’Académie Goncourt était installé à Bruxelles depuis 2002. "Mes copains et amis me donnaient une vision apocalyptique de Charleroi. J’ai eu envie de venir pour juger par moi-même et j’ai trouvé des gens charmants."

Pour prix de cet accueil chaleureux, il a eu l’idée du scénario du film Odette Toulemonde, qui met en scène une vendeuse du rayon cosmétique d’un grand magasin du boulevard Tirou. "Je regrette que les colonnades aient été détruites, soupire-t-il, j’ai trouvé ça assez violent, mais elles resteront éternellement dans le film". Autre ouvrage qui a pour cadre la ville de Jacques Bertrand et Jules Audent, L’Homme qui voyait à travers les visages, s’articule, lui, depuis la place Charles II, où s’est produit un attentat à la sortie d’une messe funèbre donnée en l’église Saint-Christophe.

La poisse, il l’évacue. "Je ne suis pas un oracle, ni une Cassandre ", sourit-il. " Je voulais situer l’histoire dans un endroit que je connais bien. J’ai écrit ce roman après les attentats de Paris et Bruxelles, je voulais désamorcer les choses", souligne le Gerpinnois d’adoption.


Il a écrit son nouveau livre après le décès de sa mère

Le roman que l’écrivain de 58 ans, Belge depuis 2008, viendra présenter chez Molière a pour cadre Paris et le Sénégal. Félix et la source invisible (Albin Michel) s’inscrit dans le Cycle de l’invisible qui permet à Éric-Emmanuel Schmitt de poursuivre son voyage à travers les spiritualités, et l’animisme ici. C’est un beau cri d’amour d’un fils à sa mère, enfermée dans une dépression inexpugnable. "C’est exactement ça, réagit-il, je l’ai écrit quelques mois après le décès de ma mère, mais sans jamais faire le lien entre les deux événements. Quand des amis m’ont fait remarquer que le narrateur voulait faire revenir sa maman à la vie, je suis allé me cacher pour pleurer. Je ne sais pas d’où est venue cette idée d’écrire l’histoire de ce petit garçon de 12 ans qui va tout faire pour sauver sa maman. Sait-on d’où vient l’oiseau qui va se poser sur la branche d’un arbre ?", s’interroge-t-il.