Charleroi
Eric et Jessica avaient un deal: pendant qu'elle cherchait du boulot et partait en formation, lui devait s'occuper du petit Théo, 18 mois.

Jessica n'avait pas eu la vie facile jusqu'à présent, mais quand elle a appris qu'elle était enceinte, elle a essayé de se reprendre en main. Elle s'inscrit au CPAS, entre en médiation de dettes, commence des formations, ... et quand le bébé finit par arriver, Jessica va visiblement mieux. Elle rencontre même Eric, avec qui elle finit par se mettre en couple. 

La vie suit son train, Eric et Théo semblent bien s'entendre. Mais la crèche coûte cher, et Jessica finit par prendre l'habitude de laisser le bébé sous la surveillance de son copain quand elle ne peut pas s'en occuper.

Ce jour-là, le 9 janvier 2019, elle devait aller chez sa psy. Comme souvent, elle laisse Théo aux bons soins d'Eric, et quitte la maison. Mais le couple commençait un peu à battre de l'aile, et ils finissent par se prendre le chou sur Messenger. Eric menace de la quitter, de prendre ses affaires et partir, en laissant le bébé. Le ton monte. 

Et Eric pète les plombs. Il balance deux coups de poing au bébé. Il le saisit par les épaules, et le secoue violemment. Il lui prend la tête et la cogne contre le mur. En arrivant à l'hôpital, le petit est dans un sale état : dans le coma, il a un hématome intracérébral, une hémorragie à la rétine gauche, et il est couvert de bleus. Son pronostic vital est engagé, et il doit se faire opérer plusieurs fois.

Le beau-père a fini par avouer

Tout ça, on ne le sait aujourd'hui que parce que les enquêteurs ont fini par faire avouer Eric, six mois après les faits. Jusque là, il jurait à grands cris que le bébé était tombé en jouant.

A chaudes larmes dans la salle d'audience, le prévenu ne peut que répéter qu'il est désolé, et qu'il devra vivre toute sa vie avec ce qu'il a fait. Il mentionne que, ce jour-là, il était sous l'emprise de drogues après avoir consommé du cannabis et de la cocaïne.

Incarcéré à la prison de Jamioulx, il risque 7 ans de prison ferme. "On a devant nous un homme qui, par colère envers la mère, se déchaîne contre l'enfant. Et ce n'est pas une première, il a pris 37 mois en 2017 pour viol, et le tribunal a décidé de lui laisser une seconde chance en lui accordant un sursis, à condition qu'il ne commette plus de délits et qu'il arrête de consommer de la drogue !", s'est emporté le procureur Bouillez. "Il a même dit, dans une de ses auditions, qu'il s'était énervé parce que Théo l'avait frappé... un bébé de 18 mois!"

"On est loin de la claque ou du geste déplacé, c'est un vrai passage à tabac", note la partie civile, qui représente la mère et l'enfant. "Nous réclamons au moins 5.000 euros de dommages, à titre provisionnel, et on voudrait un expert pour déterminer les dommages à long terme sur le petit Théo."

A l'hôpital depuis 6 mois, il aura des séquelles à vie

Il faut écrire que si les médecins notent que la situation de Théo évolue "dans le bon sens", le petit garçon gardera des séquelles neurologiques à vie. "Ça fait six mois qu'il vit la tête dans un étau", explique Jessica. "Il y a des jours où ça va, et des jours où c'est compliqué."

Même à la défense d'Eric, Me Poisson n'est pas tendre envers son client : "les faits sont extrêmement graves, et il est en aveux. Eric n'est pas un enfant de choeur, il a déjà été condamné pour des affaires impliquant de la cocaïne, et il devra recevoir une sanction. Il en est conscient. Je ne suis pas là pour demander la clémence, mais pour que vous compreniez bien qu'il regrette, amèrement, ce qu'il a fait. S'il avait la possibilité de remonter dans le temps, il le ferait. Il faut aussi que le tribunal note qu'il n'a jamais frappé d'enfants avant ce 9 janvier, et qu'il n'en a jamais frappé depuis. C'est un épisode isolé, sur un enfant qu'il considérait comme le sien. Et s'il n'a pas avoué plus tôt, c'est probablement parce qu'il y a de la honte, et de la lâcheté." 

L'avocat a alors demandé au tribunal une mesure de faveur pour Eric : il devra de toute façon aller 37 mois en prison, puisqu'il n'a pas respecté les conditions de son sursis. "Faut-il vraiment le mettre 7 ans de plus derrière les barreaux ? Est-ce que ça aidera la société ? La mère de monsieur est prête à le reprendre chez elle à la sortie de prison, et nous avons déjà pris des rendez-vous pour traiter ses assuétudes. Je demande une peine de probation autonome, ou, dans le cas contraire, d'au moins appliquer une peine modérée."

Avant de quitter la barre, Eric a encore glissé un mot : "Je crois que mon incarcération va encore plus me permettre de me rendre compte de ce que j'ai fait, de comprendre ce que j'ai fait... le petit n'avait rien à voir là-dedans, je regrette ce que j'ai fait."

Jugement le 4 septembre.


*Note: pour respecter la vie privée du bébé, tous les prénoms ont été modifiés.