C'est à Fontaine-l'Evêque que les passionnés de musique trouvent Hermès Marnai. Ce prénom divin n'est en rien usurpé tant sa personnalité et son franc-parler sont naturels. Le luthier de 72 ans est installé depuis presque 30 ans dans sa boutique fontainoise.

Si la musique et le conseil sont toute sa vie, il aura pu constater un changement dans la "consommation" de la musique durant l'année 2020. "Cette année de pandémie a apporté des changements dans ma clientèle. Comme les gens étaient confinés chez eux, ils se sont mis sur Youtube et autres plate formes pour apprendre un instrument," confie Hermès. Il ne parle pas d'éveil de la passion musicale mais est content de voir que la musique est toujours un hobby prisé et que des vocations auront pu naître durant cette période.

Même si les histoires heureuses sont nombreuses, l'année 2020 a été très pénible non seulement pour l'aspect financier mais l'arrêt des activités culturelles comme les concerts et les spectacles a aussi donné un grand coup au moral du fontainois. Durant le premier confinement le chiffre d'affaires est descendu à 5% pour remonter et stagner aux alentours de 25%. "J'ai dû fermer trois mois mais ce n'est pas pour autant que j'ai stoppé mes activités. Via ma boîte aux lettres je pouvais maintenir un contact avec les clients et mes amis musiciens. J'y plaçais cordes de guitares et médiators et les gens me laissaient mon enveloppe. L'arrêt du monde de la culture est très impactant. En termes de ventes d'instruments neufs, je n'ai plus vendu que des instruments meilleur marché pour les gens qui débutaient. C'est aussi une bonne chose car s'ils persévèrent ils reviendront me voir pour d'autres instruments de plus grande qualité. Par exemple, depuis un an et demi je n'ai vendu que trois batteries dont deux à la même personne."

Si les ventes ont chuté c'est aussi que les artistes n'ont plus les moyens de s'offrir de beaux et plus coûteux instruments. "Sans concerts, il n'y a plus de rentrées et donc plus de moyens pour acheter l'instrument de ses rêves. J'ai vu de grands professionnels se retrouver sur la paille et heureusement que leurs femmes travaillaient sinon ils n'auraient pas su traverser l'épreuve."
Pour la suite de sa carrière, le passionné et ami des grands musiciens continuera à croire en la musique comme vecteur important de transmission culturelle mais aussi de développement technologique. "Je ne fabrique plus de guitare, certaines machines font très bien le boulot. Le rendu et la qualité sont au rendez-vous." Malgré cela il met toujours la main à pâte surtout quand il s'agit de redonner vie à une guitare Gibson estimée à plus de 20.000 euros.