Le service de midi mobilise salariés et bénévoles pour venir en aide aux démunis, avec 60.000 repas par an.


Qu’il est loin le temps où le Resto du cœur accueillait ses bénéficiaires dans le pavillon de l’ancienne plaine de jeu de la rue du Fort, à la Broucheterre. En 2015, l’entreprise sociale a investi ce qui fut la maison des huissiers, place Delferrière à Charleroi Nord.

Racheté par la ville et le CPAS, le bien est occupé dans le cadre d’un bail emphytéotique, l’ASBL y dispose d’un équipement à la pointe. Et les lieux viennent d’être entièrement repeints, les travailleurs se sont mobilisés à titre bénévole.

Si le déplacement du Resto a pénalisé sa fréquentation, celle-ci est repartie à la hausse. Ils sont en moyenne 280 à manger à midi, du lundi au vendredi (sauf fériés) : un petit dej’est servi gratuitement l’hiver à partir de 8 h 30. À 11 h 30, l’équipe de cuisine est prête à envoyer les plats : un menu complet et équilibré avec potage et repas chaud est proposé pour la modique contribution de 50 cents, un tarif symbolique comme l’impose la charte de la fédération belge des Restos du cœur. Jusque 13 h 30, les usagers débarquent par vagues, une file ininterrompue s’étend devant les cuisines où l’équipe d’Annabel, la cheffe de cuisine, garnit les assiettes.

Aucune condition n’est mise à l’entrée : comme l’avait dit Coluche au lancement du concept en 1985, tout le monde est le bienvenu, que ce soit pour manger, prendre un café ou tailler une bavette.

Entreprise sociale, le Resto du cœur de Charleroi occupe 11 salariés, 4 articles 60 et une vingtaine de bénévoles. "En 2018, près de 4 700 dossiers - dont 45 cas d’urgence absolue - ont été traités par nos deux assistantes sociales", explique la directrice Céline Pianini. "Et 650 colis d’hygiène ont été répartis auprès de 414 usagers différents."

Aider, c’est la vocation de ce projet. Au-delà de l’alimentation, une offre complémentaire de services est apparue : vêtements de seconde main, distribution de surplus alimentaires, coin parents/enfants. "En 2018, nous avons accueilli 850 bénéficiaires différents, dont 48 familles avec 70 enfants", rapporte Céline.

L’horaire des journées est réglé comme une horloge : Claude, le chauffeur, entame sa tournée dans les boulangeries. Au volant de sa camionnette frigo, il va chercher la marchandise mise à disposition (produits frais et surgelés). En cuisine commence la préparation, celui du service puis du nettoyage et de la remise en ordre. Le week-end, des associations et des commerçants prennent le relais pour offrir un potage, un sandwich ou un café aux plus démunis : la solidarité est inscrite dans l’ADN carolo.

Gérée de façon professionnelle, l’entreprise s’impose comme un modèle : "le Resto a obtenu la cote de 92 % lors du dernier contrôle d’hygiène alimentaire de l’Afsca." Bien davantage que de nombreuses tables de la ville !

Le Resto du cœur de Charleroi organise des formations et accueille des visiteurs - étudiants du secteur social, stagiaires, équipes d’autres restos du réseau. Il s’implique dans de nombreux projets éducatifs et pédagogiques.

La grande école de la solidarité carolo

Parmi les plus anciens et les plus grands de Belgique, le Resto du cœur de Charleroi vient de conclure un accord avec la cantine du centre d’enseignement secondaire la Garenne, pour récupérer les produits non consommés. Au-delà de cette collaboration, la Première échevine en charge de l’Enseignement Julie Patte veut tisser des liens avec des écoles communales.

Dans ce cadre, un projet est à l’étude. Il vise à permettre à des classes d’accueillir des représentants du resto, pour une animation autour des solidarités alimentaires. Une petite brochure a été récemment éditée : sous la plume de Marcel Leroy, journaliste à la retraite mais toujours hyperactif, elle évoque une journée de la vie du resto, avec des photos de Krystal Blondieau. Ce guide peut servir de support pédagogique aux enseignants, pour aller plus loin dans la thématique et la connaissance du sujet.

"Nous pensons qu’il faut éveiller les jeunes aux réalités qui nous entourent", dit Marcel Leroy. "C’est aussi le sens de notre mission."