Francisco, 36 ans, est loin d'être un personnage inconnu du parquet et de la justice. La preuve en est avec son casier judiciaire qui compte 10 pages, mais également les plaintes de ses ex-compagnes pour sa violence et sa consommation de cocaïne et d'héroïne. Aujourd'hui, le trentenaire est en détention préventive depuis 11 mois pour d'autres faits d'une gravité extrême. Des coups et blessures et des traitements inhumains sur son fils âgé de 3 semaines quand le milieu médical a alerté le parquet sur de possibles maltraitances sur le nourrisson.

Le 13 février dernier, le petit est conduit d'urgence à l'hôpital. Son état de santé est inquiétant. Le mineur présente les symptômes du bébé secoué. Un an plus tard, l'état de l'enfant n'est pas plus réjouissant. Il souffre de lourdes séquelles neurologiques qui l'empêcheront à tout jamais d'avoir une vie normale, comme l'a précisé Me Julien Charles, tuteur ad hoc. Le gamin ne bougera jamais ni les bras ni les jambes et il est nourri par sonde nasale.

Selon Francisco, cet état s'expliquerait par une chute de l'enfant, la nuit précédente. « La nuit du 12 au 13 février 2021, je lui ai donné le biberon vers 4 heures du matin. Je l'ai ensuite couché sur mon torse. Je me suis endormi et il est tombé par terre. Je me suis réveillé en l'entendant crier, mais il s'agissait d'une chute accidentelle, je n'ai jamais fait de mal à mon enfant. » Pour l'équipe médicale, l'état du petit s'explique par d'autres violences exercées précédemment.

Secoué et victime du jeu de l'avion

Ce point de vue est également partagé par le parquet, qui a rappelé à tous que l'enfant n'a été conduit qu'en milieu hospitalier que 8 heures après cette supposée chute accidentelle. L'enfant a été secoué à plusieurs reprises. Francisco avait d'ailleurs admis lors d'une de ses auditions être « parfois peut-être brutal avec mon bébé en lui faisant l'avion sans lui tenir la tête. » D'après le substitut Vervaeren, ce sont ces jeux répétés de l'avion qui ont causé les séquelles.

Une peine de 10 ans de prison a été requise contre le paternel, et un an de prison contre Laurie, la mère du petit poursuivie pour non-assistance à personne en danger. Me Bruno, à la défense du prévenu, plaide lui une disqualification des faits en coups et blessures involontaires en soulignant que son client n'a jamais causé de blessures intentionnelles à son fils. « L'enfant a été vu régulièrement par la sage-femme et encore la veille du drame: il allait bien, il était souriant et tonique. Et cette dame a relevé qu'un lien fort l'unissait déjà à ses deux parents. »

Du côté de Laurie, c'est un acquittement au bénéfice du doute qui est sollicité. « Il n'y avait pas de traces externes sur le petit jusqu'au 12 février. La sage-femme l'a vu la veille et le confirme. La fracture du crâne du petit date donc de la dernière nuit. Elle ne pouvait pas savoir. » Jugement le 10 février.