Que faut-il faire de Youssef? Il est radié d'office du registre de la population depuis 2017 et se trouve en séjour illégal sur le territoire. A son actif, il a au moins 5 condamnations depuis 2009 pour coups et blessures, vols à répétitions et entraves méchantes à la circulation.

Le 26 novembre 2019, il s'est livré à un vol cargo sur l'aire des Amoudries, sur la E42, avec un copain. "Ce n'était pas moi, c'était mon copain, il est sorti de la voiture et est revenu avec six paires de bottes, je ne savais pas d'où elles venaient", dit-il aujourd'hui. Pourtant, quelques minutes après le vol cargo, il s'est crashé avec la BMW - équipée de fausses plaques - et son "copain" l'a laissé en plan, à moitié mort, pour s'enfuir à pied. Dans la voiture, on a retrouvé les objets volés, mais aussi le matériel nécessaire pour commettre ce type de vol et une arme prohibée : une bombe au poivre. "Ce n'est pas à moi, et les plaques m'ont été données par un copain aussi." L'accident était grave (cf. illustration) : Youssef a passé 8 jours dans le coma et a dû être opéré à la tête, son état était jugé critique et il a failli passer l'arme à gauche.

Or Youssef garde des séquelles graves de cet accident. Ses propos, devant le tribunal correctionnel, étaient à peine cohérents. La juge Hermant s'est même demandé s'il ne fallait pas faire intervenir une expertise psychiatrique pour s'assurer qu'il était bien responsable de ses actes... c'est dire. Quelle que soit la question posée, il répondait à côté. Quoi qu'on lui demande, il revenait à la nuit de cet accident, expliquant que depuis qu'il avait des plaques dans le crâne, il n'était plus le même. Il s'est même mis à pleurer au beau milieu de l'audience. "C'est un homme en lambeaux", dit son avocat Me Puccini. "Mais je ne demande pas d'expertise psychiatrique, parce que vous le savez aussi bien que moi: s'il est interné alors qu'il est en séjour illégal, il sera impossible de le faire sortir."

Ce qui nous amène à la deuxième prévention : le 13 mai 2021, dix-huit mois après son accident, Youssef se trouvait au volant de sa BMW, une autre vu que la première avait été déclassée, à nouveau avec des plaques contrefaites. Il roulait à vive allure, ce qui a amené une patrouille de police à lui intimer de s'arrêter : il a alors préféré prendre la fuite. Il a brûlé des feux rouges, pris des voies à contre-sens et manqué de se crasher contre d'autres voitures, il a zigzagué dans la circulation, obligeant d'autres conducteurs à se rabattre sur le côté. La police a enregistré des pointes à 160 km/h en zone urbaine! Heureusement pour tout le monde, il a fini sa course folle par un tête à queue et s'est écrasé contre une voiture stationnée et vide. "Pour le même prix, il y a avait des morts. Et monsieur n'a rien trouvé d'autre à dire pour sa défense qu'il ne s'était pas rendu compte du danger qu'il causait", s'est emporté le substitut du procureur du Roi. Ce jeudi, Youssef a expliqué son geste à nouveau en revenant à l'accident de 2019 et à son opération: "depuis, j'ai peur qu'on me frappe sur la tête, où j'ai des plaques. Je ne voulais pas que les policiers me fassent du mal. J'ai paniqué." Pas un mot sur les plaques volées, ni sur le fait que son permis de conduire n'était plus valable.

Le ministère public a réclamé 2 ans d'emprisonnement pour la scène du 26 novembre 2019, et deux ans supplémentaires pour la scène du 13 mai 2021. 

A la défense, Me Puccini a demandé des mesures de probation: arrêter de boire, ne plus prendre de stupéfiants, etc. Ce qui est pourtant a priori incompatible avec le séjour illégal (on ne peut pas le laisser sortir avec des mesures probatoires, puisqu'il n'a pas le droit d'être sur le territoire, NdlR). Il a donc proposé une alternative à la juge Hermant: "en 2018, un juge montois a fait un compromis dans un dossier du même genre: si le prévenu recevait l'autorisation d'être sur le territoire, il aurait droit à des mesures probatoires, et s'il ne la recevait pas, il s'engageait à quitter le pays immédiatement. Quant à savoir pourquoi mon client est aujourd'hui en Belgique et pas en Algérie, ce n'est pas bien compliqué: c'est notamment pour les soins de santé belge, qu'il n'aurait pas eu au bled. Je dois aussi rappeler qu'il est marié à une Belge, une professeure, qui indique dans ses auditions qu'elle est bien mariée avec lui, mais aussi qu'il a changé depuis l'accident. Il est clairement en stress post-traumatique."

Jugement le 13 juillet.