Après interruption, la cour a décidé de poser la question de la légitime défense. Les autres parties ont accepté et répondront à la question lors des répliques, prévues jeudi matin. Toutefois, l'avocat général a précisé que les conditions de la légitime défense sont plus strictes que celles de l'excuse de provocation. Il la contestera jeudi, tout comme les parties civiles.

Que s'est-il réellement passé dans le huis clos de l'appartement d'Isabelle Lambert, le 15 mai 2015 ? Mercredi, dans sa plaidoirie, Me Geoffroy Huez a posé la question et a balancé des hypothèses rappelant que "la défense peut se permettre des hypothèses, pas l'accusation". Et plus il y a d'hypothèses, plus il y a de doutes.

Dans l'appartement, il y avait deux personnes, la victime, qui n'est plus là pour raconter sa version, et l'accusée qui dit avoir un trou noir. Selon les experts en santé mentale, il n'est pas exclu que son cerveau n'ait pas enregistré ce qui s'était passé, compte tenu de son état d'alcoolémie combiné à son état de stress.

Pour la défense, Isabelle Lambert était une femme battue qui n'osait pas en parler. Me Huez demande au jury s'il n'était pas inimaginable d'inverser les rôles, voir Franck Frissen dans le box des accusés et sa cliente six pieds sous terre. "Un témoin a déclaré qu'un drame allait se passer, mais il imaginait plutôt Franck dans le rôle du tueur", dit-il.

Il ajoute que d'autres compagnes de Franck ont déclaré qu'il pouvait se montrer violent quand il avait bu. Or, le 15 mai 2015, il était en état d'ivresse, comme Isabelle d'ailleurs. "Il faut comprendre qu'on se trouve dans un contexte de violence intrafamiliale, qui évolue. Il est indéniable qu'elle a reçu des coups ce soir-là". La violence allait crescendo au sein du couple. Pour Me Huez, Isabelle Lambert est la dernière victime d'une longue liste de femmes violentées par la victime.

Pour l'avocat, toute la scène se déroule à l'endroit du salon, sur cinq à dix minutes maximum, après sa visite chez la voisine du dessous. Selon lui, il est possible que sa cliente ait réussi à désarmer son agresseur pour le frapper. Il ajoute que le cas de figure s'est présenté quand l'homme, invité à un plan à trois, a réussi à désarmer Franck Frissen. "Pouvait-elle facilement prendre la fuite ?", demande l'avocat.

Selon lui, un cas de légitime défense est possible dans ce dossier. Il a demandé aux jurés de répondre non au meurtre et oui à la légitime défense. Dans le cas contraire, il estime que la question de la provocation peut être posée.

Les répliques auront lieu jeudi matin. Le jury partira ensuite débattre sur la culpabilité.

Le 15 mai 2015, Franck Frissen a été mortellement frappé de deux coups de couteau, l'un à l'épaule et l'autre au thorax. Isabelle Lambert doit répondre d'un meurtre.