La jeune femme, qui comparait libre, a raconté son parcours de vie devant la cour. "Grande prématurée, j'ai eu un début de vie difficile. Mon père biologique a abandonné ma mère quand j'étais toute petite. La vie n'était pas facile d'un point de vue financier. J'ai vécu chez ma grand-mère. Plus tard, le nouveau compagnon de ma mère, père de ma sœur, m'a donné son nom".

L'accusée déclare qu'elle a eu une crise d'adolescence difficile, dès l'âge de 14 ans. En décrochage scolaire, elle a rencontré son premier compagnon à l'âge de 18 ans. Elle n'a décroché aucun diplôme, ni dans l'horeca, ni dans les soins de santé alors qu'elle avait entamé des études.

Isabelle Lambert a eu trois enfants, dont l'un est décédé peu après sa naissance, et elle est grand-mère depuis treize jours. Elle dit avoir tenté de mettre fin à ses jours en 2012, quand ses enfants sont partis vivre chez leur papa, dont elle s'était séparée en raison de sa jalousie maladive. Elle avoue qu'elle le harcelait, car elle le soupçonnait de la tromper avec une autre femme, ce que son compagnon a fini par faire.

Endettée, celle qui bénéficiait des aides sociales n'arrivait plus à boucler les fins de mois. Dépressive, Isabelle Lambert consommait des boissons alcoolisées, du vin, de la vodka ou de la bière, de façon importante. "Avec l'alcool, j'avais l'impression que mes problèmes étaient moins graves que je ne le pensais", a-t-elle déclaré.

L'accusée ajoute que l'alcool lui faisait parfois perdre la mémoire. "Il fallait que je boive au moins deux bouteilles de vin". Isabelle Lambert a fait plusieurs cures de désintoxication, sans succès. Lors de l'une de ces cures, elle a rencontré Franck Frissen. "On s'est bien entendu tout de suite, il y a eu une attirance entre nous, puis des sentiments après mon expulsion du centre. Je lui ai proposé de venir les week-ends autorisés. Cela se passait bien, c'était agréable".

Franck est sorti de cure en 2014 et s'est installé chez Isabelle, ils ont consommé de la bière de manière importante, puis de la vodka. "Sans consommation, on était assez complices, on avait beaucoup d'échanges, mais on restait beaucoup à la maison. Quand on buvait, on se disputait pour un rien. Dans ces moments-là, il y avait beaucoup de cris".

L'accusée prétend qu'elle était battue et qu'elle en était honteuse. Elle ajoute qu'elle a changé de version lors de l'enquête, car elle a osé parler. Isabelle ajoute qu'il lui arrivait aussi de frapper Franck, quand il était violent avec elle. Elle précise, au sujet des photos retrouvées dans le téléphone de Franck où il exhibe des traces de coups, que ceux-ci ont été portés par un autre ancien compagnon, à qui elle avait proposé un plan à trois. Entre-temps, elle avait eu une relation avec un autre garçon, un" sex friend", ce qui a mis Franck Frissen en colère. Isabelle Lambert avoue qu'elle était jalouse de la meilleure amie de Frank Frissen.

Le 15 mai 2015, Isabelle s'est levée vers 9h. Franck s'est levé vers 11h. Ils se sont lancés à la recherche d'un emploi. Vers 13h30, Isabelle est partie rejoindre sa maman et sa sœur à l'hôpital Marie Curie. Sur le chemin du retour, elle a acheté du tabac dans un magasin de nuit et elle est rentrée chez elle, vers 15h. Franck était présent, il avait acheté seize canettes de bières de cinquante centilitres.

Le couple cherchait aussi à déménager du côté de Bruxelles, où Franck espérait retrouver un travail. Ils ont commencé à boire de la bière alors qu'elle ne consommait plus rien depuis six semaines et qu'il avait fortement diminué sa consommation. Ils ont joué sur PC en écoutant de la musique. "Il m'a suivi dans la salle de bain, il m'a taquiné pour me faire comprendre qu'il voulait faire l'amour avec moi. On s'est remis dans le divan, à jouer sur le PC. C'est la dernière image que j'ai", dit-elle.

Elle prétend avoir bu entre trois et cinq canettes. "Je n'ai aucun souvenir de dispute", dit-elle. Elle ne se souvient plus non plus d'avoir appelé les secours et d'avoir dit : "j'ai planté mon copain". Toutefois, elle reconnaît avoir porté le coup de couteau à Franck "car l'enquête l'a démontré". Elle reconnaît l'arme du crime, un couteau qui servait à couper la viande ou les gâteaux.

Depuis sa sortie de prison, Isabelle Lambert a repris une vie sociale portée vers l'extérieur, elle fait du sport, a suivi une thérapie via l'hypnose, et vit avec ses enfants en appartement.