Si vous n’avez pas encore vu l’enFER de Jo Struyven, le Bois du Cazier vous donne l’opportunité d’en découvrir le contenu jusqu’au 29 août. "Nous avons en effet décidé de prolonger l’exposition" ,annonce le directeur du site Jean-Louis Delaet. Elle devait se terminer le 18 avril prochain.

Au fil de 68 images triées sur le volet, le photographe bruxellois d’origine flamande évoque l’intervention de l’industrie dans la transformation des paysages. A Charleroi et Liège qui concentrent l’essentiel de son travail, c’est évident : cheminées, hauts fourneaux, usines, chevalements de charbonnages, terrils et même corons s’invitent en permanence, ils racontent l’épopée de l’acier et du charbon. Ils sont tellement nombreux qu’on finit par ne plus les remarquer. Seul un artiste extérieur pouvait en saisir la densité et la beauté : une minutieuse retouche de couleurs, de lumière et de raccords de pixels pour rattacher les morceaux entre eux ne manque pas de modifier les perspectives et les distances, si bien que le réel ne l’est plus tout à fait, sans être lui-même réinventé.

On baigne entre réalité et illusion, entre évidences et apparences. Pour trouver les points de vue les plus intéressants, Jo Struyven a escaladé la plupart des terrils du bassin industriel, du Sacré Français à celui des Piges en passant par le saint Théodore ou la Blanchisserie. Des décors ont changé depuis le début de son projet : cela montre à quel point les choses bougent, évoluent sans qu’on en soit conscient.

Un judicieux mélange de photos de Liège et Charleroi invite à des comparaisons, trouble un peu le visiteur qui parfois s’y perd. L’enFER réserve son lot de surprises. "C’est en 2014 que j’ai commencé à clicher des décors sidérurgiques" , rapporte le photographe. Il a commencé à le faire à Liège avant de venir à Charleroi, avec des détours par Clabecq, La Louvière et Blegny.

A la fin 2019, sa rencontre avec le directeur du Bois du Cazier Jean-Louis Delaet a été déterminante. "Quand il m’a présenté une vue du quartier de Marchienne Est où j’avais grandi, j’ai été convaincu par l’intérêt du projet" , observe-t-il. L’ancienne salle des machines sert d’écrin. Les images sont présentées dans des caissons lumineux suspendus, fabriqués sur mesure : la scénographie est un vrai coup de cœur. Ne vous privez pas d’un voyage en enFER. Un enFER qui n’est pas pour les autres. Chacun trouvera du sens à s’y aventurer.