Depuis ce jeudi matin et jusqu'au 7 septembre, c'est la Braderie de Charleroi. Comprenez: la fin des soldes, où les articles invendus de la saison et les collections des années précédentes sortent des magasins pour rejoindre des tringles en rue, avec des prix minis.

Et ça, les commerçants de Charleroi en ont bien besoin, après des soldes plus que mitigées, "moins bonnes que les années précédentes" pour certains, voire carrément catastrophiques pour d'autres. Chacun avait déjà hâte de sortir ses vieux stocks pour les écouler à petit prix. "Et Dieu sait que certains clients ont bien besoin de prix au rabais pour des collections d'années précédentes sur des manteaux d'hiver par exemple, avec la crise qu'on connaît..." explique Valérie, une vendeuse, ce matin à Charleroi.

Sauf que voilà, ils ne pourront pas sortir leurs tringles cette année. Mais certains établissements ont décidé de sortir tout de même, "ils vont faire quoi, mettre une amende à tout le monde ? Quand les règles sont ridicules, que peut-on faire ?", nous dit Elise. "Juste à côté, il y a le marché : là, ils ont des tringles de vêtements. Et nous on ne pourrait pas?". Plus bas dans la rue, même constat : "Les clients ne rentrent pas tous les magasins, et puis on n'a de toute façon pas la place d'exposer nos stocks, puisque le magasin est déjà passé à la nouvelle collection. Où mettre les stocks pour la braderie, du coup ?" Ici aussi, une tringle de vêtements affublée d'un "-70%" est présente devant l'enseigne.

Un peu plus loin, Filippo, lui, n'a pas osé sortir ses stocks. "Je ne veux pas risquer une amende, c'est interdit. C'est un peu la cata pour les affaires, parce qu'on sait bien que les gens ne rentrent pas souvent en magasin. Avoir deux fois par an un endroit où mettre ses vieux stocks, c'est un gros coup de pouce. Mais du coup, s'il faut mettre les stocks en magasin, on fait quoi? On retire la nouvelle collection pour mettre les articles des années précédentes? Quelle différence avec les soldes, alors ? Ce n'est pas une braderie, ça... C'est mauvais pour nos commerces, et ça montre bien que la réalité est bien différente que ce dont parlent les ministres..."

Et c'est bel et bien interdit : "les actions commerciales dans la rue sont interdites, tout comme les présentoirs, drapeaux ou tout autre dispositif à l'extérieur du magasin", précise la directive fédérale. Contacté, le cabinet de l'échevine Babette Jandrain "comprend que c'est loin d'être l'idéal, la situation qu'on vit depuis des mois n'est pas idéale. Mais la Ville de Charleroi ne peut pas lever une mesure fédérale." Seule possibilité pour les commerçants, baliser la rue de Dampremy pour en faire du commerce ambulant. Cela signifie qu'ils pourraient, avec accord communal, faire une vraie braderie (au sens fédéral du terme), mais qu'il faudrait alors respecter les prescrits de la directive : mettre du gel hydroalcoolique à l'entrée et sortie de la rue de Dampremy, baliser la rue commerçante comme un marché, créer un sens de circulation pour les badauds, compter les gens en rue pour ne pas dépasser les 400 personnes. Ouch.

En attendant, si vous passez rue de Dampremy ou dans une autre rue commerçante, n'hésitez pas à rentrer dans les boutiques pour trouver les bonnes affaires... parce qu'elles n'ont, en théorie, pas le droit de vous proposer des articles à prix réduit sur la voie publique.