Un hub "cité des Métiers" entouré d'un campus universitaire : on en parle depuis des années, et c'est désormais lancé.

Depuis février, les ouvriers travaillent dans le bâtiment Roullier de l'Université du Travail (centre-ville, dit "site 1") et aux Aumoniers du Travail (le long de la route de la Basse-Sambre à côté de Ville2, dit "site 2"). Le chantier, immense car il représente 55.000 mètres carrés soit l'équivalent de 8 terrains de football, représente une facture estimée à 45 millions d'euros. Une "entreprise colossale" pilotée par Igretec : il s'agit de transformer et réhabiliter les bâtiments, datant d'une part des années 80, de l'autre du début des années 1920, pour devenir un lieu assez unique en Wallonie, mais aussi architecturalement plus clair, plus ouvert sur la Ville de Charleroi et plus arborisé.

© Igretec/Asymetrie: avant-après du bâtiment Roullier

"Il y a 10 ans que la décision est prise, une dynamique lancée par Christian Dupont à l'époque (socialiste, ex-ministre de l'enseignement et ex-bourgmestre de Pont-à-Celles, NdlR)", a indiqué Paul Magnette, bourgmestre de Charleroi, à l'occasion d'une conférence de lancement où le gratin de la Wallonie et de la fédération Wallonie-Bruxelles s'était réuni, à Charleroi Danse. "C'est un tournant, l'orientation sera au coeur de la cité des métiers, parce qu'aujourd'hui ceux qui vont vers ce qu'on appelle des métiers en pénurie, comme l'horeca ou l'électricité par exemple, ce sont souvent des gens qui ont entrepris d'autres études avant, voire qui ont travaillé ailleurs, avant de choisir de se réorienter. Ce qui signifie qu'on a collectivement raté leur orientation, avant cela."

L'orientation, c'est bien de ça dont il est principalement question: donner envie à des jeunes de se lancer dans un enseignement qualifiant, pas parce qu'ils ont raté dans le général, mais parce qu'ils en font le choix. "Aujourd'hui les élèves du qualifiant sont souvent là suite à des échecs précédents, pas par choix. La revalorisation des métiers techniques, mais aussi l'orientation, c'est là-dessus que l'école doit travailler. C'est très important pour des centaines de milliers de jeunes", a reconnu Caroline Désir, ministre de l'Enseignement. "C'est pourquoi il fallait un espace physique de qualité, accessible sans rendez-vous, pour trouver son orientation, sa reconversion, créer son entreprise et apprendre", abondent les ministres Christie Morreale (Emploi) et Frédéric Daerden (Bâtiments scolaires et Budget).

© Igretec/Asymetrie: le site 1, le bâtiment Roullier

Concrètement, sur les sites de l'UT et des Aumoniers, il y aura d'ici 4 ans des bâtiments totalement rénovés qui accueilleront des cours très variés : mécanique automobile, carrosserie, construction gros oeuvre, électricité industrielle, garnissage, couverture, peinture, menuiserie, informatique, bureautique, gestion, entreprises, français, soudure, électricité résidentielle, CTA domotique et immotique, sanitaire et chauffage et technique du froid. A l'Université du Travail au centre-ville, il y aura aussi le service clientèle et conseil du Forem, le fablab du Centre de Culture Scientifique qui quittera Couillet, et l'espace "orientation" de la cité des Métiers.

© Igretec/Asymetrie: le site 2, les Aumoniers du travail à côté de Ville2

"Il a fallu faire travailler main dans la main toute une série d'acteurs de tous horizons, différents pouvoirs organisateurs, administrations, directions d'établissements et d'écoles, ça a été un gros boulot préparatif", détaille Julien Nicaise, de Wallonie-Bruxelles Enseignement. "Mais tout le monde s'était accordé sur le fait que le redressement de la Wallonie passera par son enseignement." Une collaboration et une co-construction d'autant plus utiles que, non contents de travailler ensemble à l'avenir (c'est déjà partiellement le cas, en atelier de mécanique par exemple), il faut que les cours continuent malgré les rénovations. Ce qui a été rendu possible par un jeu de chaises musicales impressionnant, où les cours aux élèves et les travaux de rénovation alternent et déménagent selon un planning précis.

© Igretec/Asymetrie: la cité des Métiers

A noter qu'à côté de cet enseignement technique et qualifiant de la cité des Métiers, le campus universitaire de Charleroi (UCharleroi) est aussi en train de prendre forme, à la ville haute juste en face du bâtiment Roullier. 30.000 mètres carrés, avec 60 salles de cours, qui accueilleront des cursus de la haute école Condorcet, l'ULB, l'UMons et l'Université ouverte. Un chantier parallèle qui mobilise 25 millions d'euros pour les sciences sociales, politiques, ingénierie, bio-chimie ou aéronautique, notamment, avec une capacité estimée à 10.000 étudiants universitaires.