L'église Sainte-Marie de Lodelinsart est éventrée, la démolition a stoppé depuis le début de l'été. Même s'il n'est pas classé, le bâtiment est repris au Patrimoine monumental de Belgique et inscrit en tant qu'édifice "représentatif du style néo-gothique tardif" que l'asbl Communauté Historia n'hésite pas à qualifier de "plus beau clocher de Charleroi".

D'après la Ville de Charleroi, il fallait démolir cette église en extrême urgence : un arrêté a été pris en ce sens par le bourgmestre. Et c'est un chantier qui a été commencé rapidement... avant d'être soudain interrompu par la Région wallonne, qui a fait apposer des scellés sur le site : pour le bureau du fonctionnaire délégué, la démolition est illégale, réalisée sans permis préalable.

Sauf que Charleroi ne compte pas se laisser faire : un recours contre le refus de permis a été introduit, et une action en justice - en référé - a été lancée pour faire retirer les scellés. Il faut noter qu'en l'état, l'église risque en effet de s'effondrer, maintenant qu'elle est à moitié démolie. Une audience est d'ailleurs fixée le 15 septembre prochain. 

Mais la Région wallonne aussi campe sur ses positions : "Une fois que l'action en référé aura été examinée, on pourra envisager des poursuites à l'encontre de la Ville de Charleroi", explique-t-on chez le fonctionnaire délégué, sans se prononcer sur le résultat de l'action en référé. Apparemment, le dossier est également entre les mains du parquet.

Si les scellés devaient sauter, la démolition pourrait probablement reprendre, sur base de l'extrême urgence. 

Et à l'inverse, si poursuites à l'encontre de Charleroi il y a, il y aurait plusieurs sanctions possibles : la remise en état des lieux, la reconstruction à l'identique ou une sanction importante d'ordre financier. "Tout ce dossier est absurde", pour Virgil Declerq, le président de Communauté Historia, qui se bat pour le patrimoine culturel wallon. "Depuis le début, on est parti du principe que démolir pour 700.000€ était la seule solution, pour ensuite reconstruire une autre église vu que le sol est toujours sacralisé. Et qui sait combien cela coûtera. Sauf que la rénovation, elle, était estimée à 600.000€, c'est incompréhensible." 

Et on ignore toujours ce qui a motivé la Ville de Charleroi à se lancer dans les travaux aussi rapidement malgré le refus de permis de démolition... Dans le cas où Charleroi serait, à son tour, assignée en justice, l'asbl examine la possibilité de se constituer partie civile. "On aimerait une décision claire de la Justice, si une Ville commet une infraction, elle doit être jugée comme n'importe quel citoyen qui commet une infraction", ajoute Virgil Declercq. "On aimerait une reconstruction à l'identique ou un réaménagement autour du clocher historique. Mais c'est un chantier qui coûterait très cher à la Ville, et en général des décisions qu'on a déjà vu dans ce genre de dossiers, c'est plutôt une amende qui est demandée..."

De son côté, la Ville de Charleroi compte bien continuer à sécuriser les lieux. Et la place Edmond Gilles, devant le parvis de l'église, doit aussi faire l'objet de rénovations. La saga continue...