Charleroi Huit millions d’euros d’investissements mis à mal, selon les promoteurs.


Dans l’ombre des grandes opérations de rénovation urbaine, des investisseurs portent des projets plus modestes qui peuvent contribuer à améliorer l’image de Charleroi. C’est le cas de Fawzi Jebira dans le district Nord. À travers sa société immobilière LDB, ce promoteur bruxellois veut étendre et transformer l’ancienne maison communale de Ransart, face à la piste de BSCA, en un hôtel de 84 chambres. Dans le district Sud à Marcinelle, Guy Monard de Paper Shop souhaite doubler la superficie de stockage de son commerce de gros en papeterie sur le site du marché vespéral.

L’un comme l’autre se plaignent des lenteurs administratives. "Mon projet existe depuis plus de dix ans ", affirme Fawzi Jebira. Après avoir vu expirer un permis unique octroyé en 2011, il vient de voir rejeter la demande pour un nouveau permis sous le régime du code de développement territorial, le CoDT. "Pour instruire mon dossier, le service Urbanisme de la Ville exigeait des compléments que je considère comme accessoires : plan d’un système élévateur pour PMR, couleur et taille de l’enseigne en lettres découpées, coupes de terrain…" Il y voit un moyen d’entraver son projet de Fly hôtel, avec la création de 23 emplois à la clé.

Il sort aussi d’un long bras de fer avec les autorités publiques pour la rectification d’une erreur cadastrale. "Un cauchemar qui a duré des années" , se plaint-il. Selon lui, les retards risquent de lui faire perdre l’aide de 2,1 millions d’euros obtenue dans le cadre des fonds structurels européens (Feder) ainsi que la garantie de cofinancement de la Région wallonne via la Sowalfin (1,1 million).

Guy Monard se dit aussi victime de lenteurs : son projet d’extension de Paper Shop (0,9 million d’euros) est toujours au point mort, alors qu’il a été porté à la connaissance de la Ville voici deux ans. Pour agrandir ses surfaces de stockage, il doit racheter du terrain à la Ville : "La demande n’a toujours pas fait l’objet d’une évaluation de prix" , déplore-t-il.

Il insiste : le temps presse. La réglementation wallonne interdisant les emballages en plastique dans les commerces l’oblige à adapter ses entrepôts au plus vite, le papier étant 14 fois plus volumineux.

Deux poids deux mesures entre les gros et les petits investisseurs ? Ils l’affirment, ce que la Ville dément catégoriquement. "Nous n’avons pas d’autre possibilité que de respecter la loi" , répond en substance l’inspecteur général en charge de l’Urbanisme.

Réconcilier Ville et investisseurs

"La réglementation wallonne est claire : pour régulariser une demande de permis déclarée incomplète, un porteur de projet dispose d’un délai de 180 jours. Et le promoteur du Fly hôtel a dépassé ce délai", selon l’administration. "Nous n’avons d’autre choix que de déclarer son dossier irrecevable. Si bien qu’il va devoir reprendre toute la procédure à zéro." Quant au rachat de terrain de la Ville sur le site du marché vespéral à Marcinelle, c’est au comité d’acquisition d’immeubles qu’il appartient d’en établir la valeur : "Cette institution n’est pas de notre ressort, mais de celui de la Wallonie", ajoute encore la Ville. "Du reste, il nous incombe de vérifier que ce projet ne porte préjudice à aucun concessionnaire du site, une vérification qui est en cours."

Convaincant ? Ces situations montrent à quel point le temps de l’administration n’est pas celui de l’investisseur. Il y a encore des progrès à faire pour les réconcilier.