Charleroi

Une nouvelle dynamique d’entreprise, de management, a été mise en œuvre à l'administration communale de Pont-à-Celles, au nord de Charleroi.

Connaissiez-vous la "règle des 3 %" ? Moi non plus. Il s’agit d’un concept de management, qui déclare qu’en moyenne dans une entreprise, 3 % du personnel ne sont pas fonctionnels. "Et c’est souvent pour ces gens-là que des règles de plus en plus strictes sont établies. Ça asphyxie les 97 % de gens qui font tourner la machine" , explique le directeur général de l’administration de Pont-à-Celles.

En lisant Happy RH et après avoir visionné Le Bonheur au Travail , Guy Custers s’est peu à peu penché vers les modèles alternatifs de management. "Depuis 15 ans que je suis là, j’avais toujours essayé, de manière intuitive, de laisser le plus de liberté possible aux employés et ouvriers" , dit-il. "Mais ça a été le déclic : rendre l’environnement de travail meilleur, permettre aux collaborateurs de s’épanouir : ça marche ailleurs, c’est possible, donc c’est possible chez nous aussi."

Avec le soutien complet du collège communal, il s’est lancé avec le comité de direction dans une petite révolution pour la gestion quotidienne des agents de la commune. Et il a très vite été rejoint par les employés et ouvriers eux-mêmes, qui ont été séduits par l’idée et se sont investis. "Il y a bien entendu des réfractaires, mais il y a aussi ceux qui sont volontaires, ou qui ne demandent pas mieux que d’être convaincus."

Une mutation en 2 ans à peine

C’était en avril 2016. Un projet a été mis sur la table pour définir des nouvelles valeurs, pour replacer le travail en tant qu’élément positif et bénéfique dans l’entreprise, tout en augmentant la liberté des agents communaux, mais aussi en leur donnant une voix, un avis qui compte, pour qu’ils puissent se réaliser pleinement. "Un modèle de ce genre, on appelle ça l’entreprise libérée, on pourrait l’appeler l’entreprise libérante : ça permet l’épanouissement au travail" , ajoute Guy Custers.

Absentéisme, burn out, surcharge de travail : c’est parmi les maux du siècle. "Ici, On n’avait pas de problèmes de ce genre" , réplique le directeur général, "mais ce qui est sûr, c’est qu’au plus le bien-être des gens qui bossent ici sera grand, au mieux on va pouvoir faire du bon boulot, et devenir meilleurs. Et ça, on ne peut y arriver qu’en remettant la confiance et la liberté au cœur du travail, pour remplacer les contrôles et les ordres qui sont pourtant devenus la norme au fil du temps."

Le plus beau, d’après lui ? Ça ne coûte (presque) rien : 2 ans après le début de la grande métamorphose, 2.000€ ont été utilisés "en sandwiches et pour des affiches qui reprennent les valeurs de l’administration" . 15.000€ supplémentaires seront nécessaires pour un nouveau système informatique permettant aux gens de gérer eux-mêmes leurs horaires et congés. Peanuts , quoi.

Décider qui sera sa/son collègue

Les futurs collègues d’un candidat pour un poste sont invités à participer à l’entretien d’embauche et au recrutement. Fini l’époque où seuls le directeur général et les relations humaines étaient présents. À la clé : une nouvelle recrue qui ne débarque pas au milieu d’inconnus, et les agents déjà en poste ont pu valider le nouveau membre de leur équipe. "Les agents, quel que soit leur poste, ont leur mot à dire, et leur avis est aussi pertinent que le mien" , insiste Guy Custers. "Et quand on participe à la gestion, on fait plus attention à son savoir-être."

Organiser son propre horaire

"Trop souvent, les horaires devenaient une fin en soi" , explique le DG. Avec le nouveau système informatique, les employés pourront prester leur journée de travail comme ils le souhaitent, entre 7h et 18h30 : aller chercher les enfants ou faire une course n’est plus un obstacle. "La semaine de 38h devient, elle aussi, variable. Il faudra désormais prester de 34 à 42 heures, en fonction des échéances et de la charge de travail." Par contre, légalement, les 38h restent de mise : il faudra que la moyenne sur 4 mois soit, elle, respectée.

Changer de poste plus facilement

Rester 10, 20, 30 ans ou plus au même poste peut amener, pour beaucoup de gens, à une certaine lassitude. Mais dans l’administration, il fallait attendre une promotion (assez rare) ou quitter le service public (et perdre ses avantages). Désormais, quand un poste se créera ou se libérera à Pont-à-Celles, les employés et ouvriers de l’administration seront prévenus qu’ils peuvent y postuler. "Le poste sera ouvert à tous ceux qui sont déjà dans l’administration, comme ça, ils pourront bouger facilement entre les services, et les responsabilités."

Moins d’ordres, plus de confiance

La volonté du management libéré : sortir de la logique du contrôle pour entrer dans une logique de confiance. Que l’intelligence prenne le pas sur les règles et les ordres. "Un ouvrier m’a dit : ‘ Ce n’est pas facile ce que vous nous demandez ’" , remarque Guy Custers. "Et il a raison. Ce n’est pas facile. Il y a sur notre dos des décennies d’autorité, sans aucune confiance. Surtout pour les ouvriers, qui sont dans le cas depuis la révolution industrielle. Pour que cela fonctionne, il faut que les gens s’approprient cette nouvelle liberté, et alors ils n’en seront que meilleurs."

Une charte écrite à 200 mains

Une nouvelle charte de travail a été réalisée à l’administration communale de Pont-à-Celles, qui se veut "accueillante, efficace et qui progresse" en s’articulant sur des valeurs de professionnalisme, respect et de transversalité (travailler main dans la main entre les différents services). Une centaine d’agents ont participé aux réunions de réflexion, puis à la rédaction de cette charte. "Tous les métiers qu’il y a dans une commune sont importants pour construire une nouvelle vision du travail. Il va maintenant falloir développer les valeurs propres à chaque métier."