Georges Ibrahim Abdallah va fêter ses 71 ans. Ce Libanais est emprisonné en France depuis 1984 pour des exactions durant la guerre civile du Liban. Outre la possession de faux papiers, il a notamment été jugé coupable et condamné à la prison à perpétuité pour complicité dans le meurtre de deux diplomates, un américain et un israélien... deux victimes que d'aucuns disaient membres des services secrets, du FBI et du Mossad. Pourquoi ces meurtres? Comme "résistance" aux attaques israéliennes, avec le soutien des américains, au Liban et en Palestine. Georges Ibrahim Abdallah avait d'ailleurs participé à fonder le FARL, un groupe armé pro-syrien et anti-israélien. L'objectif avoué était d'apporter un peu de la guerre qui se déroulait au Moyen-Orient à l'Occident. 

Pour les uns, Georges Ibrahim Abdallah est un dangereux terroriste, communiste radical et antisioniste de surcroît, et il doit croupir en prison. Pour d'autres, c'est "Monsieur Georges" qui est en prison depuis maintenant trop longtemps. Lui-même en 1986 se décrivait comme "un combattant, pas un criminel".

"On appelle terrorisme le fait de cibler des hauts responsables du FBI et du Mossad dans un contexte de guerre. Assez incroyable, parce qu'en parallèle, les responsables des crimes de guerres commis au Moyen-Orient n'ont jamais été jugés. Il faut rappeler qu'à ce moment-là, quand le FARL fait tuer les deux responsables des services secrets, il y a déjà eu 20.000 morts arabes suite à l'invasion israélienne", s'indigne Myriam De Ly de la plateforme Charleroi-Palestine, 71 ans également et militante pro-palestinienne depuis qu'elle en a 18.

Pour elle et bon nombre de militants d'associations, Georges Ibrahim Abdallah est un "prisonnier politique", le plus vieux d'Europe. Parce que ses demandes de libération, auxquelles il a le droit depuis 1999, sont systématiquement refusées sur fond de pressions diplomatiques des USA et d'Israël, peut-on régulièrement lire dans la presse française. "Depuis des années, Georges Ibrahim Abdallah demande sa libération. Si elle a été plusieurs fois refusée par la justice française, pour les deux dernières ça n'a pas été le cas : la justice a estimé qu'il était libérable, mais a posé comme condition qu'il soit expulsé du territoire. L'expulsion doit être signée par les responsables politiques du Ministère de l'Intérieur, ce qu'ils n'ont jamais voulu faire. Et il reste donc derrière les barreaux", déplore encore Myriam De Ly.

L'argument de celles et ceux qui veulent la libération de Georges Ibrahim Abdallah est le suivant : les meurtres sur le territoire français étaient des actes politiques, posés dans un contexte de guerre. Et le refus de sa libération aujourd'hui est un acte politique, où "un Etat souverain refuse d'appliquer une décision de sa propre justice" pour plaire, apparemment, aux USA et à Israël.

C'est tout le problème, justement, cet aspect "politique" présupposé de la situation actuelle: jugé coupable et condamné, Georges Ibrahim Abdallah l'a été. D'aucuns lui trouvent des excuses ou invoquent un complot, mais peu importe, finalement. Parce que nos états de droit, en Europe, prévoient des possibilités de libération, même pour les condamnés à la perpétuité. En général, perpétuité en France signifie 22 ans de prison. Qui sont portés à 30 ans pour, notamment, le terrorisme. Il est rare que ces peines de réclusions soient continuées au-delà, même si ça s'est déjà vu (Patrick Henry, Tommy Recco, ...) si l'on juge le condamné "toujours dangereux". Ce qui n'est pas le cas pour Georges Ibrahim Abdallah, en tout cas pas officiellement.

Le 2 avril 2022, pour les 71 ans de Georges Ibrahim Abdallah, des actions de soutien se tiendront un peu partout dans le monde, surtout au Proche-Orient. Mais la veille, vendredi, la plateforme Charleroi-Palestine viendra à 15 heures sur la place de la Digue en petit comité - une dizaine de personnes - pour préparer le lendemain. "Ce n'est pas un appel à manifester, nous ne serons que quelques membres pour une action symbolique", explique encore Myriam De Ly. "Mais ça nous semble important de rappeler qu'il y a, en France, un homme qui a purgé sa peine et dont la détention est maintenue pour des raisons politiques qui dépassent la loi et le droit. Notamment pour qu'il ne soit pas accueilli dans son pays en héros. Un homme qui s'est engagé toute sa vie pour son pays, le Liban, mais aussi pour ses voisins palestiniens. Georges Ibrahim Abdallah a d'ailleurs vécu avec des réfugiés palestiniens, il leur a toujours apporté un support et un soutien, notamment au front populaire de libération de la Palestine. Il continue toujours aujourd'hui, c'est le combat de toute une vie. Et ça, ça énerve, ça crispe. Je le rappelle: Nelson Mandela était aussi en prison durant des années pour avoir pris les armes pour son pays, alors qu'aujourd'hui on le considère comme un héros."

On rappellera tout de même que Georges Ibrahim Abdallah est, aux yeux du droit, un criminel qui purge une peine à perpétuité. C'est sa libération, possible depuis 1999 mais sans jamais se concrétiser, qui pose question. Début 2022, le tribunal administratif de Paris signalait qu'il ne pouvait pas ordonner au ministère de l'Intérieur de prendre un arrêté d'expulsion. L'actuel ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin (LREM) ne semble pas avoir fait le moindre commentaire public sur sa non-réponse à l'avocat d'Abdallah qui l'a exhorté à signer ledit arrêté.