Le centre fermé de Jumet revient au cœur des débats, et Charleroi n’en veut pas.


Le projet de centre fermé pour personnes en situation illégale a été remis au goût du jour : mardi, le collège communal de Charleroi a eu la surprise de recevoir le cabinet du secrétaire d’État en charge de l’Asile et de la Migration, venu expliquer ce qu’ils vont faire à Jumet. "C’est la première réunion officielle à laquelle on a été conviés", s’indigne Paul Magnette (PS), bourgmestre de Charleroi lors d‘un débat.

Il faut bien comprendre que la décision d’ouvrir un centre à Jumet vient du fédéral : la compétence est fédérale, le terrain (ancien site de la police fédérale) l’est également, et les budgets (30 millions) viennent aussi du fédéral. Le permis d’urbanisme pour les travaux de réaménagement est quant à lui délivré par le fonctionnaire délégué de la Région wallonne. La commune, elle, n’a qu’un avis à rendre : "On avait bien sûr entendu dire que ça se faisait, mais officiellement, rien. Ils sont même allés voir les riverains avant de venir nous voir. Et ils tentent de les amadouer : parce que, eux, ils peuvent faire des recours et taper du poing, et il y en aura. Des gens sont venus nous demander ce qu’était ce projet d’hôtel à Jumet… Ce n’est pas un hôtel, c’est plutôt une prison !"

C’est peu de dire que les forces politiques locales sont contre ce projet, qui vise à augmenter le nombre de places en centres fermés : "À Charleroi, concernant les personnes en situation irrégulière qui ont été arrêtées et qui ont reçu un ordre de quitter le territoire, il n’y a que 1 % de ces ordres qui ont été exécutés. Ça veut dire que Francken est d’une nullité absolue : 99 %, il ne les exécute pas", continue Magnette. "C’est évidemment beaucoup plus facile d’aller choper une famille, à la maison, dont les parents travaillent et les enfants vont à l’école, pour faire monter les statistiques que d’essayer de rapatrier vers leur pays d’origine des criminels qui doivent effectivement être rapatriés. Ça, il ne le fait pas. Et s’il le faisait, il n’y aurait pas besoin de nouvelles places dans les centres fermés."

La position du PS et du CDH, au sein du collège communal, est claire : "Nous utiliserons tous les moyens de droit dont nous disposons pour empêcher ce centre : les équipes sont sur le coup. On va par exemple contester les travaux parce qu’on en fait déjà dans la rue. Et il n’y aura aucune collaboration de notre autorité ou de la police locale avec ce projet." Dans un second débat mercredi, C +, Défi, PTB, PS et Ecolo ont répété leur opposition au projet. Le MR Cyprien Devilers, lui, a été pris en porte à faux : publiquement, il n’a pas soutenu le projet, mais ne s’y est pas opposé non plus. Il faut dire que le MR est au fédéral avec la N-VA.

Une manifestation contre l’ouverture du centre fermé commencera d’ailleurs à 14 h à la station de Métro Madeleine, à Jumet, ce 30 septembre.