Ni octroi d’aide covid, ni prêt régional d’appoint cette année pour maintenir le budget communal 2022 à l’équilibre. C’est grâce à un emprunt de 400 millions d’euros libéré en cinq ans, le plan Oxygène imaginé par la Wallonie, que la première ville de Wallonie ne basculera pas dans le rouge l’an prochain.

Elle est confrontée à un implacable mécanisme de creusement de son déficit : tous les postes de dépenses augmentent, en particulier celles de transfert (CPAS dont le budget a été approuvé, zone de police, Tibi) qui grimpent de 9 millions, et celles de personnel en raison de l’intégration du coût des cotisations de responsabilisation de pension pour les agents non nommés. Quant aux recettes, elles diminuent (notamment à l’IPP) ou évoluent moins vite que l’inflation - c’est le cas notamment de la dotation au fonds des communes.

La ville de Charleroi continue ainsi à s’enfoncer dans le rouge, son budget 2022 présente un déficit de près de 80 millions que compensera une première tranche du plan Oxygène.

Cet emprunt n’est pas un cadeau. Remboursable en 30 ans (à 85% du capital par la ville avec une prise en charge des 15% restants et des intérêts par la Wallonie), il pèsera sur les générations futures comme l’a longuement déploré l’opposition.

"Nous sommes arrivés au bout d’un modèle" a admis le bourgmestre. Il faut refinancer le déficit structurel des grandes villes victimes de leur concentration de services et d’infrastructures. A l’extraordinaire, Charleroi atteint des records en matière d’investissement. Les 330 millions inscrits au budget devraient permettre d’accueil un seuil d’1,5 milliard sur la mandature. Du jamais vu.

Si les chefs de groupe de la majorité PS, C+ et Ecolo se sont réjoui de ce projet, l’opposition l’a vivement critiqué. "On ne peut plus continuer à vivre à crédit" a déploré Pauline Boninsegna. Pour le conseiller DéFI Jean-Noël Gillard, "Charleroi devient trop dépendante d’autres niveaux de pouvoir." Le MR s’est montré le plus virulent. Le chef de groupe MR Nicolas Tzanetatos craint la banqueroute. Pour lui, "on peut investir autant qu’on veut avec l’argent des autres dans la reconstruction de Charleroi. Si c’est pour offrir de l’emploi et des services à des personnes qui vivent et paient des impôts ailleurs, on ne sauvera pas les carolos." L’indépendant Nicolas Kramvoussanos voit en Magnette un homme providentiel. Mais si l’on en croit les chiffres, la ville s’embourbe dans la pauvreté.