La décision de fermer les théâtres et les cinémas du pays est tombée sans que personne ne s'y attende. Un vrai coup de massue pour un secteur qui jure, preuves à l'appui, avoir pris toutes les dispositions nécessaires afin d'accueillir en toute sécurité les spectateurs. Pour le cinéma d'art et essai, le dernier CODECO ne se base pas sur un avis objectif et ne tient pas compte de tout ce qui été mis en place pour assurer une sécurité sanitaire maximale. Via un communiqué, le Quai 10 fait savoir qu'il ne fermeront pas leurs portes après le 26 décembre comme décidé lors du CODECO de ce 22 décembre.

Nous avons contacté Matthieu Bakolas qui nous a expliqué les raisons de son acte de résistance face à une situation qui pour est incohérente et résulte de discussions politiques sans plus.

"Face à tant d'incohérence et d'injustice, il était temps de se secouer et de secouer le monde qui nous entoure. On est au-delà du one shoot ou de l'acte symbolique. Notre objectif est de rester ouvert et donc on essaiera de le faire si on nous l'autorise. Je pense que c'était vraiment important de passer outre cette décision qui n'a vraiment aucun sens. Si j'avais le moindre doute que cette annonce puisse enrayer l'épidémie je fermerais demain mais là c'est une certitude qu'il n'y a aucun sens. On est vraiment sur une mesure de politique politicienne qui résulte d'un marchandage autour d'une table. Personne n'a voulu toucher à ses compétences ni à son électorat. Ils se sont dit qu'ils allaient faire sauter un fusible et toucher là où les gens vont le moins râler et qui ne va pas coûter trop cher à indemniser. On a déjà vécu, depuis deux ans, des tas de mesures restrictives mais c'est la première fois qu'il y a une telle unanimité et un tel soutien derrière nous. Tout le monde dit qu'ils ont perdu le fil. Nous avons toujours été de bons élèves. Nous avons toujours été convaincu de notre rôle dans l'intérêt général. Cette mesure est totalement irrespectueuse et infondée. Il n'y a pas d'autres secteurs qui doit appliquer autant de mesures. Je pense que le risque de contamination est très proche de zéro. En concertation avec mon conseil d'administration, nous avons pris la décision de dire que ça suffit! On reste là, on reste debout! Pour l'instant nous n'avons pas encore eu vent de procédure concernant les contrôles. Ce que l'on risque, c'est que la police vienne fermer. On le regrettera, on est bon joueur et on respectera la décision à ce moment là. On n'a pas vocation à monter des barricades et à mettre le feu à la ville. On va essayé la technique du pied dans la porte et on verra ce qui arrive jour après jour."

Le directeur explique le choix du secteur culturel parce que celui-ci n'est pas le plus agressif dans ses manifestations de mécontentement. Sans souhaiter d'autres fermetures dans d'autres secteurs, Matthieu Bakolas avance également des indemnisations qui seraient moindre que dans le secteur Horeca par exemple. "On est clairement dans la pure rationalité, il n'y a pas que des lignes de chiffres et des tableaux Exel. Derrière il y a des gens qui vivent et qui se mettent en projet."

Matthieu Bakolas insiste sur le rôle social que joue le cinéma surtout en cette période de fin d'année où beaucoup se retrouvent seuls et gardent du lien en fréquentant un cinéma. Ils allient relations sociales et divertissement de qualité.

Voici le communiqué dans son entièreté.

"Chers amis/amies du Quai10,

En réponse à la gravité et à l’injustice de la situation, nous exerçons notre droit de manifester notre mécontentement. Nous prenons et assumons dès lors la décision de rester ouvert malgré la décision du CODECO d’hier. Cette décision est murement réfléchie. Elle se base, à l’inverse de celle prise par nos dirigeants hier, sur des éléments tangibles et concrets, les voici :

Des événements tests ont été réalisés et ont démontré l’absence de risque de contamination dans nos lieux. Les experts ne recommandaient pas cette mesure et s’en indignent pour la plupart. Le contrôle du CST, l’obligation de port du masque, la distanciation de deux sièges entre les bulles, la limitation des jauges ainsi que la ventilation des salles garantissent indéniablement la sécurité de nos spectateurs. Nous nous engageons bien entendu plus que jamais à appliquer ces règles drastiquement.

Toujours soucieux de faire primer l’intérêt général, nous avons joué le jeu depuis deux ans avec beaucoup de respect et de conscience de la gravité de la situation mais aujourd’hui, nous refusons de mettre une fois de plus notre personnel au chômage temporaire en réponse à une mesure qui relève uniquement de la communication politique.

Enfin, les cinémas et lieux de Culture ont plus que jamais au moment des fêtes un rôle social et sociétal. Nous offrons en effet, pour les personnes touchées par la solitude, une fenêtre ouverte vers le monde, des émotions, des rencontres dans une période où l’isolement est peut-être plus dur encore à supporter que le reste de l’année. Nous refusons dès lors de sacrifier ce rôle essentiel de lien social en ces temps si tourmentés.

La Culture ne peut plus, ne veut plus être une variable d’ajustement, une ligne dans un plan de communication politique, nous espérons que vous nous comprendrez, que vous nous soutiendrez. Venez voir nos films, achetez nos abonnements, partagez cette publication !

La programmation des jours à venir : https://www.quai10.be/agenda/

La possibilité d’acheter des abonnements en ligne : https://bit.ly/3xJhOVA

Nous vous souhaitons d’excellentes fêtes de fin d’année."