Ils sont près de 250, enfants, adultes et seniors, à être hébergés dans le centre ouvert de Jumet, près du zoning industriel.

Sur place, la vie en confinement n’est pas des plus simples. "L’ambiance est particulière", confirme le directeur Fabian Delobbes. Tout le monde ne parle pas français, déjà. "Fedasil a fait un gros boulot pour avoir des affiches dans plusieurs langues pour expliquer la crise sanitaire actuelle et les bonnes mesures d’hygiène à adopter, même si beaucoup se renseignent sur Internet dans leur langue d’origine." Un peu partout, des lavabos et du savon, ou du gel hydroalcoolique quand possible, ont été installés. Parfois, c’est un peu "système D", mais ça fonctionne.

"Globalement, les résidents comprennent bien les mesures et les respectent. Comme partout, il y a quelques irréductibles, chez les mineurs non accompagnés notamment, qui comme les jeunes Belges ont parfois l’impression qu’ils ne sont pas concernés", nous dit-on. Les permissions de sortie ont été annulées, ceux qui se trouvaient chez des amis ou la famille avant le confinement ont été invités à rester là-bas. "Pareil pour les sorties ou les balades, il a fallu réussir à leur expliquer qu’ils ne peuvent pas sortir à plus que deux, et que c’est seulement pour aller faire des courses." Cela étant, ça ne se passe pas trop mal : les migrants prennent l’air sur les pelouses aux abords du centre, et Fedasil a prévu des sanctions en cas de non-respect des règles de confinement.

Il a cependant fallu s’adapter : "un endroit stratégique, c’est le réfectoire", explique Benoît Mansy de Fedasil. "On ne peut plus mettre 150 personnes en même temps, il a donc fallu créer un roulement de plusieurs services, et on a pour ce confinement autorisé exceptionnellement les repas dans les chambres." Le directeur confirme : "On a aussi mis en place un circuit pour ne pas que les résidents se croisent lors de leurs entrées et sorties, et on se prépare à donner à chaque personne un ‘lunch package’ pour le petit-déjeuner en chambre déjà lors du repas du soir, pour éviter justement de trop se croiser."

Le principal problème du centre ouvert, qui touche Jumet mais aussi tous les autres établissements, c’est que cette crise sanitaire s’ajoute à une crise de capacité qui existe depuis déjà un an. "On a créé plein de places à la hâte, on a transformé des locaux en chambres, et du coup pour la distanciation, ce n’est pas facile." Dans certaines chambres, les migrants dorment jusqu’à six. "Dans ce cas, on les considère comme une unité familiale, puisqu’ils vivent ensemble, même si en réalité ils ne se connaissaient pas avant d’arriver ici", répond Fedasil. Les personnes fragilisées ou à risque ont été isolées dans la mesure du possible.

"Pour gérer tout ça, nos travailleurs font parfois 12 heures par jour, mais en venant moins souvent sur place. Ça fonctionne, mais il faudra tenir sur la durée. Merci à eux, ils bossent dur."