Le coronavirus les a privés des contacts rapprochés qu’ils auraient tant mérité de partager avec leurs "amici", des clients du piccolo bar depuis parfois 30 ans, comme Alain qui avait trouvé là dès l’ouverture le 22 février 1991 (il y a 30 ans jour pour jour) un petit coin authentique d’Italie.

Chez Anita et Antonio qui s’en vont à la retraite, il faisait toujours beau. Dès 7h du matin, les habitués venaient lire leur journal et tailler la causette, respirer la vraie vie, tout le monde se mélangeait quel que soit le boulot et le statut social. 

Les propriétaires ont effectué leur dernier service ce samedi, en mode take away parce qu’ils n’avaient pas le choix. Les fidèles n’ont pas manqué de venir prendre un dernier café, le meilleur café italien de la ville, ou un cappuccino servi avec chaleur par Anita, qui décorait toujours la mousse de lait d’un cœur en poudre de cacao. Où prend-t-on encore le temps de faire ça ? 

© ALBIN (c'est avec le cœur qu'ils ont toujours préparé le juste café.)

Cette page qui se tourne, c’est aussi celle d’un quartier qui s’est complètement reconstruit. Il y a cinq ans, Antonio et Anita étaient au cœur du chantier de Rive Gauche, dont les fondations s’invitaient jusqu’en devanture de leur bar. L’édification du shopping les a plongés dans un corridor ombragé balayé par le vent, au pied de la tour Albert qui reste la plus haute du quartier mais cela n’a pas empêché le soleil de venir saluer leur départ et lui donner des accents printaniers. Le "piccolo" va manquer à tous ceux qui en appréciaient l’ambiance conviviale, les produits de qualité et l’accueil simple et familial. Toute cette diaspora se sent orpheline. 

Pour la petite histoire, Anita et Antonio s’étaient rencontrés sur un bateau de plaisance. C’est à Charleroi qu’ils avaient choisi de jeter l’ancre. Qu’ils soient infiniment remerciés pour tout ce qu’ils y ont apporté !