Charleroi Objectif : y produire de la biomasse sur 8 ha aujourd’hui en friche.

Les terrils du Martinet sont décidément une terre fertile pour les expérimentations et les projets en tous genres. La Manufacture s’est installée dans la salle des pendus pour augmenter sa capacité de brassage et ouvrir un bar supplémentaire, un vignoble didactique de vins et gourmandises de Wallonie s’y implante aussi, et c’est maintenant ValBiom qui va confier huit hectares au pied du site pour créer un "paysage productif", comme ils disent. On fait le point avec Aricia Evlard, chef de projet.

- Quel est l’objectif ?

"L’idée, c’est qu’un acteur de la région de Charleroi, on ne sait pas encore lequel, se défasse de son besoin en pétrole. Par exemple, qu’il utilise une chaudière biomasse plutôt qu’au mazout, en produisant sa propre biomasse sur le terril de Monceau. Au-delà de l’intérêt environnemental, ça va aussi créer de l’emploi et ça n’est pas délocalisable."

- Quel genre de biomasse ?

"Ça dépendra du projet, on va sur place avec des entreprises ce jeudi pour leur présenter le terrain et répondre à leurs questions : Charleroi nous a confié les lieux pour vingt ans, c’est l’ancien site du lavoir à charbon, et on a lancé un appel à projet unique en Wallonie, même s’il se base sur des expérimentations menées à Lyon dans la vallée de la Chimie. Au Martinet, impossible d’imaginer un pâturage ou des projets immobiliers à cause du sol schisteux. Donc, au lieu de laisser la zone en friche, autant valoriser le terril et nourrir la terre en faisant de la production de biomasse. Le lin et le chanvre, ce serait impossible, mais on peut tout à fait imaginer du miscanthus pour du paillage, du saule ou du peuplier pour servir de combustible, voire du bouleau par exemple, pour en faire du bois d’œuvre pour des meubles ou des cagettes à fruit. Tout dépendra du projet proposé, d’ici début novembre."

- Il faut donc s’attendre à une exploitation industrielle ?

"Pas du tout, il n’y aura pas de charroi quotidien sur les lieux, il faut oublier cette image de monoculture. L'ambition est plutôt de démontrer qu'un projet de paysage productif peut cohabiter avec une biodiversité en place. Tout au plus, il faudra une journée pour planter, puis une journée pour récolter. Pour le miscanthus, il faut attendre 3 ans pour une première récolte. Pour du saule ou du peuplier, ça peut aller jusqu’à 7 ans, et pour du bois d’œuvre on est même parti pour 20 voire 40 ans. J’aimerais que cette partie du site reste accessible au public, mais ça dépendra, à nouveau, du projet."

- Pourquoi commencer par Monceau ?

"Je bosse depuis plus de 10 ans dans ce type de projet, qu’on appelle du phytomanagement. Ici, la démarche s’inscrit dans le cadre du projet ville de Charleroi Métropole et est rendue possible grâce au projet Interreg New-C-Land (consortium européen des Hauts-de-France, du Grand Est, de la Wallonie et des Flandres orientale et occidentale, NdlR) . C’est pile ce que Charleroi voulait pour le Martinet, que ça serve de vitrine, et quand j’ai rencontré Martine Piret de la Ville de Charleroi, on s’est directement dit : là, ça serait parfait. Et la Ville a fini par accepter, ce qui est super parce qu’on pourra ensuite s’en servir comme exemple pour tout le territoire transfrontalier."