Le substitut du procureur de Charleroi, en charge des disparitions de majeurs, a suivi ce dossier depuis le début, soit le 26 décembre 2017 quand l'une des soeurs d'Ahmed Yahiaoui est allée signaler sa disparition à la police. Des devoirs d'enquêtes (banque, téléphonie) ont rapidement été menés. Une visite chez l'épouse du disparu a été réalisée le 27 décembre et l'épouse et le fils, entendus comme témoins, ont menti en déclarant qu'ils n'avaient plus de nouvelles d'Ahmed depuis des mois.

Privé de liberté en entendu comme suspect, Marwan Yahiaoui a encore menti. "Il faut l'acculer, lui mettre des éléments sous le nez pour qu'il réponde, en ayant bien réfléchi avant. Il calcule à chaque fois, sans aucune émotion, et nous l'avons vu durant ce procès. Cette froideur m'interpelle", insiste le magistrat.

Le jeune homme a été inculpé de parricide et renvoyé devant la cour d'assises. "Et il a encore menti, essayant de justifier son geste par la violence de son père, lequel n'a jamais été violent", poursuit le substitut.

Ce dernier estime que les enquêteurs seraient encore en train de chercher le corps si l'accusé ne leur avait pas montré, le 29 décembre 2017. Le corps a été enterré dans un bois, entre trois routes nationales, un endroit peu fréquenté.

Pour l'accusation, l'intention d'homicide est établie par le geste, l'accusé ayant déclaré qu'il avait serré très fort le cou de son père avec ses mains, durant cinq minutes, tout en étant à califourchon sur son père. "Il voulait le voir mort", a déclaré le substitut du procureur.

Enfin, l'accusé a déclaré qu'il était seul pour enterrer le corps de son père mais l'accusation en doute car le cadavre n'avait aucune trace dans le dos. De plus, il faisait nuit et il fallait bien être éclairé. Mais personne n'a été inculpé pour recel de cadavre. C'est la grosse zone d'ombre de ce dossier.

La défense de Marwan Yahiaoui, accusé d'avoir commis un parricide le 23 décembre 2017 à Farciennes n'a pas contesté les faits. Les avocats n'ont pas plaidé sur la culpabilité et personne n'a répliqué. Me Ricardo Bruno et Me Régis Brocca ont demandé aux jurés de répondre "oui" aux deux questions sur le meurtre et la circonstance aggravante d'ascendance, regrettant cependant que leur client était bien seul durant ce procès.

L'accusé a déclaré, dans la foulée, que cette affaire s'est construite durant une période relativement longue. Il a répété, sans insister, que son père lui avait fait subir des choses, que son mal-être a perduré et qu'il avait du mal à manifester ses émotions. Il n'imaginait pas non plus avoir provoqué autant de souffrances autour de lui, dans sa famille. "En écoutant le témoignage de ma petite soeur, je me suis rendu compte du raz-de-marée de tristesse que j'ai causé. J'en suis désolé mais je ne demanderai pas pardon car c'est impardonnable. J'ai de sincères regrets", a-t-il déclaré.

Le jury est parti débattre sur la culpabilité. Un arrêt est attendu dans la soirée.