Entre Pont-à-Celles et l’ancienne commune de Viesville, perdu dans les ronces et les hautes herbes à l’arrière de la station d’épuration, il y a un vieux pont de fer, rouillé et branlant.


Vestige du passé, ce pont fait partie de l’ancien chemin de fer, la ligne 119 de Luttre à Châtelineau. Il passait au-dessus du canal, non pas le canal Charleroi-Bruxelles d’aujourd’hui, celui qui était là avant, avant qu’on ne construise le canal moderne, à quelques centaines de mètres. Inaugurée en 1876, après 15 ans de négociations, la ligne a finalement été fermée aux voyageurs en 1953, puis un peu plus tard la même année aux trains de marchandises, avant d’être en grande partie déferrée. Elle aura donc connu les deux guerres, et un pont de cette ligne, celui qui nous intéresse, en garde encore les traces aujourd’hui.

Sur un des piliers qui soutient tant bien que mal les tonnes de métal attaquées par la rouille, derrière les plantes grimpantes de la nature qui a peu à peu repris ses droits, on peut voir, frappé dans le béton, l’étendard du Reich : un aigle allemand, ailes déployées, avec à côté la mention "1941".

"C’est le pont des Allemands , comme on l’appelle. Moi je suis né en 44, mais mon frère avait douze ans pendant la guerre. On allait jouer sur ce pont quand on était petit", explique Fabrice Dubois, trésorier du CHAPACE (Cercle d’Histoire&d’Archéologie de Pont-à-Celles et environs). "C’était une voie de chemin de fer à sens unique. Ce qui est intéressant, c’est qu’on peut encore voir dans les piles du pont des ouvertures, des logettes, pour mettre des munitions afin de faire sauter le pont." Les armées françaises auraient fait sauter ce pont une première fois en 1914, quand ils ont battu en retraite, et une nouvelle fois en 1940. L’emplacement stratégique du pont aurait alors poussé les Allemands à reconstruire ce qui avait sauté, quelques mois plus tard, pour faciliter leur marche durant la Seconde Guerre Mondiale. C’est la meilleure explication de la présence, encore aujourd’hui, des armoiries du régime sur un des piliers de ce pont quasi oublié de tous.