À 67 ans, Jean D. n’imaginait pas devoir un jour répondre de la mort d’un homme devant la justice. Un décès causé accidentellement, certes, mais un décès tout de même… Le 1 er septembre 2012, le sexagénaire était bourré, comme souvent. "J’avais bu deux ou trois verres" , a-t-il baragouiné lors de la dernière audience du tribunal correctionnel de Charleroi.

Mais avec plus de 2,6 grammes d’alcool par litre de sang, il a sans doute bu pour oublier et oublié ce qu’il avait bu.

Toujours est-il qu’il n’en avait pas encore assez et qu’il est allé tambouriner à la porte de Domenico, son voisin de coursive. Dans cet immeuble de la cité de l’Epine, à Morlanwelz, le tapage a bien vite énervé Patrick Dubray, un locataire du rez-de-chaussée qui, lui, affichait un taux de 3,28 g. Belle performance !

Ivre et en colère, Patrick a grimpé les marches pour aller sonner les cloches de "Jean le trublion". Selon un témoin, il aurait mimé quelques prises de karaté avant de donner un coup de poing au sexagénaire, qui est tombé sur le derrière. Le tout en affirmant qu’il allait le balancer par-dessus le balcon.

Interrogé sur ces menaces qui pourraient justifier (au moins) la provocation, Jean n’a pas saisi la balle au bond. "Non, je ne m’en souviens pas", a-t-il répondu benoîtement. Le prévenu a alors expliqué avoir saisi le couteau dont il se servait "pour découper le rôti de porc" et l’avoir planté dans la cuisse de Patrick, en se relevant. Pas pour tuer, vu la localisation du coup… sauf que l’artère fémorale a été sectionnée et que la victime s’est vidée de son sang en une minute, jusqu’à ce que mort s’en suive.

Pour le parquet, l’excuse de provocation n’avait pas lieu d’être, vu la disproportion de la riposte. Une peine de quatre ans, avec un sursis probatoire éventuel, aurait donc constitué une peine adéquate.

Me Mairiaux, conseil de Jean, avait quant à lui plaidé l’acquittement à titre principal, sur base de la légitime défense, et l’excuse de provocation à titre subsidiaire. Selon l’avocat, le coup de couteau n’était qu’une réaction immédiate de son client à une agression grave, dans un contexte nimbé d’alcool.

Finalement, le tribunal a rejeté toute cause d’excuse, vu le caractère disproportionné de la riposte. Jean a donc écopé de quatre ans de prison avec sursis probatoire, l’une des conditions étant d’en finir avec l’alcool.