Toute la semaine, la cour d’assises de Mons s’est penchée sur l’épineux dossier d’Isabelle Lambert et de Franck Frissen. Le 15 mai 2015, dans un petit appartement de Lodelinsart (Charleroi), une bagarre éclate entre Isabelle et Franck. Ils ont tous les deux bu. Soudain, Isabelle se saisit d’un grand couteau de cuisine et plante Franck : une fois dans l’épaule, une fois – fatale – dans le cœur. La police arrive sur place, prévenue par une voisine et par Isabelle elle-même. Les agents la trouvent pieds nus, hystérique et tenant des propos incohérents, couverte de sang, le col de son t-shirt déchiré. Dans la cuisine, le corps de Franck Frissen, 44 ans alors. Un couteau ensanglanté gît à côté.

Que s’est-il passé exactement ? Difficile à dire : la seule témoin, Isabelle Lambert, ne se souvient de rien. Elle a simplement appelé les secours, en disant : “je viens de planter mon copain”. Elle reconnaît être l’autrice des coups de couteau, “parce que l’enquête l’a démontré”, mais tout le reste est noir. Les explications ne peuvent venir que des auditions : celles d’Isabelle, du médecin légiste, des policiers, des psychologues, des amis du couple.

Visiblement, Isabelle et Franck s’entendaient bien. Sauf quand ils buvaient. Et ce soir-là, ils étaient tous les deux complètement saouls. Ils avaient essayé d’arrêter… mais finissaient par rechuter.

Beau parleur, intelligent et drôle, Franck devenait paranoïaque et contrôleur quand il buvait. Plusieurs témoins ont parlé de chantage au suicide, de besoin d’attention, de violences aussi. Il était papa de deux enfants, dont l’un venait de fêter ses 18 ans. Isabelle, elle, a eu trois enfants – un est mort peu après la naissance. Elle est grand-mère depuis peu. Endettée, déprimée, elle est visiblement appréciée de sa famille, mais tous pointent un gros problème de consommation d’alcool. Depuis sa sortie de prison, elle s’être reprise en main.

Après délibération, les jurés n’ont retenu ni la légitime défense, ni la provocation plaidées par son avocat. Isabelle Lambert a été reconnue coupable du meurtre de Franck Frissen. La cour a prononcé une peine de six ans de prison, en retenant des circonstances atténuantes mais en soulignant “l’extrême gravité des faits”. C’est moins que les 10 années requises par l’avocat général, mais plus que les cinq ans demandés par la défense et qui auraient permis à Isabelle Lambert d’obtenir une probation.