Qui a poignardé Irina, la prostituée roumaine ? Pourquoi a-t-on éliminé le juge Chassart ? Que veulent les ravisseurs du sociologue Hector Detroie ?

Youpi ! Bientôt les vacances. Et les vacances c’est synonyme de lecture sur le sable à la plage ou pourquoi pas dans votre jardin.

Histoire de ne pas céder à la facilité des pavés français et anglo-saxons, et puis dans le fil du mini-salon du livre réservé à la Carolorégie des livres organisé récemment par la librairie Molière, on vous invite à partir à la découverte du paysage éditorial carolo qui affiche une production riche, épatante et originale. Et ça se vend bien. Tant qu’il y aura des tomes de ce calibre, on est preneurs…

Un vrai "compte de faits" incontestable incarné par des auteurs inspirés ici, en général, par le roman noir et le thriller. Dont notamment, difficile de les citer tous dans cette mise en bouche :

  • Un Robert Reumont enthousiaste à propos de son De pages en plages, rabelaisien et épicurien, selon ses mots.
  • Un intarissable Francis Groff auteur de Morts sur la Sambre qui s’est engagé à livrer deux titres par an à une nouvelle collection de polars sous couverture jaune.
  • Un taquin Franco Megetto qui révèle à une lectrice, elle aimerait offrir La fille du Triangle à sa benjamine de 14 ans, que l’ouvrage n’est pas à mettre entre toutes les mains vu qu’il s’agit malgré tout d’une "description naturaliste de la prostitution" à Charleroi.
  • Une Brigitte Guilbau plutôt maternelle qui en est à son 10e roman avec Jorg Oeuil et qui voit l’écriture comme "un bébé que l’on désire, que l’on porte et que l’on met au monde".
  • Ou encore un Claude Rappé, ancienne gloire de RTL-TVI, fasciné par la Mort imminente qui, s’il n’est pas originaire de Charleroi, est publié par une bonne maison d’édition de chez nous.

Bienvenue en territoire littéraire carolo pour bronzer… carolo. Et donc, voici de quoi vous donner quelques idées pour remplir votre valise estivale.


Morts sur la Sambre (Francis Groff, éd. Weyrich)

Un juge d’instruction qui traîne une réputation sulfureuse vient de mourir. Crime ou accident ? De passage dans la cité carolo, le bouquiniste Stanislas Barberian qui parcourt la France et la Belgique à la recherche de pièces rares s’intéresse à l’enquête au grand dam du commissaire qui en a la charge. Car un détail troublant le persuade qu’il y a eu crime. Au fil de ses investigations, le bouquiniste-détective tombe sur une épouse murée dans le silence, des truands, des escorts et de biens curieux enquêteurs. Pour son second roman, après L’homme qui écrivait au crayon, Francis Groff s’attaque au genre du polar dans une nouvelle collection baptisée Noir Corbeau. Il y a du Stanislas-André Steeman et du Simenon là-dedans.


La fille du Triangle (Franco Meggetto, éd. du Basson)

La fille du Triangle, quartier carolo des bars à filles, c’est Irina, jeune prostituée roumaine, retrouvée morte, victime de plusieurs coups de couteau. L’enquête est confiée à l’inspecteur principal Bruno Bianchi. Ce premier polar de Franco Meggetto est l’occasion d’une plongée dans un Charleroi de la prostitution qui n’existe plus, avec son lot de filles aux abois, de clients amoureux et de maquereaux sans scrupule. Un monde que connaît bien l’auteur pour avoir été longtemps chroniqueur judiciaire avant de devenir porte-parole de la police de Charleroi. Un gage d’exigence et de rigueur donc. Passionnant de bout en bout.


Paul, je m’appelle Paul (Lorenzo Cecchi, Lilys éditions)

Paul est un survivant. Le monoxyde de carbone a décimé toute sa famille, parents et sœurs. Il sera élevé par sa tante Armelle, sœur de sa maman. Près de la gare des Guillemins à Liège dans une rue éclairée par les néons des bars à filles. En tirant sur ce fil, Lorenzo Cecchi s’est livré à un exercice compliqué pour écrire la biographie d’un personnage connu de la Cité ardente. Car son Paul serait inspiré d’un homme politique liégeois des années 60-70. Attention, tout cela est une bio fantasmée, autrement dit, toute ressemblance avec une personne ayant existé ne serait que purement fortuite.


Jörg Oeuil (Brigitte Guilbau, Lilys éditions)

Dans Jörg Oeuil, il y a un zeste de la Métamorphose de Kafka et un chouïa de "L’Albatros" de Baudelaire. "Ses ailes de géant l’empêchent de marcher", écrivait l’auteur des Fleurs du mal. En se réveillant un matin, Jörg Oeuil se découvre des ailes d’ange qui ne lui servent à rien. "C’est un ange raté, il n’a aucune mission sur terre", nous dit Brigitte Guilbau. Pas si sûr que cela, car ce conte philosophique va se déployer lorsque cet ange amnésique va faire la rencontre d’un SDF. Avec Jörg Oeuil, l’auteur de La quatrième fée aborde la question des secrets de famille qu’elle décrit comme des valises que nous transmettons à notre descendance. Un parcours hypnotisant.


Mort imminente (Claude Rappé, Lilys éditions)

Ce qu’on appelle les cas de mort imminente a inspiré le film L’expérience interdite, en 1990, avec Julia Roberts, puis le roman Les Thanatonautes, de Bernard Werber, quatre ans plus tard. Avec Claude Rappé, l’histoire commence le 26 décembre 2004. Anita et Michael sont en voyage de noces en Thaïlande. La jeune femme est emportée par le tsunami. Convaincu qu’elle vit toujours, l’espoir chevillé au cœur, Michael prend racine au pays du Sourire. Il sera à son tour pris dans un tourbillon infernal fait de filles, d’alcool, de prison. Et confronté aux mafias. Dans un centre psychiatrique, il subit des expériences de mort imminente durant lesquelles il voyagera dans le passé et le futur. Un jour, depuis son lit d’hôpital, il entend la voix d’Anita…


De pages en plages (Robert Reumont, éd. Paulo Ramand)

Le commandant Placide Boistôt et sa partenaire la sculpturale Wyvine espéraient prendre un peu de repos après Les douze coups de l’Archange mais c’était sans compter sur l’imagination débordante du Fleurusien Robert Reumont. Une disparition inquiétante vient d’être signalée en Bretagne. Wyvine qui avait choisi une plage du cru pour parfaire son bronzage appelle son ami à la rescousse car cette affaire la concerne personnellement. La police locale est sur les dents mais elle prie le fougueux duo de ne pas s’en mêler. Autant prononcer des incantations pour qu’il pleuve. C’est depuis la plage dont ils ont fait leur quartier général que le tandem va lancer ses investigations. La chasse est ouverte !


Amina G, la voie du prophète (Eddy Piron, éd. du Basson)

Attention : sujet sensible. Oubliez tout ce que vous savez de la naissance de l’islam. Ce serait une certaine Amina, maîtresse de Mohamed, féministe avant l’heure, qui serait à l’origine de la religion musulmane. Chargée par le prophète de retranscrire les paroles divines, la dictée la plonge dans un abîme de perplexité quant à la place de la femme dans la société. C’est caustique, facétieux, absurde, tellement drôle mais jamais malveillant. Eddy Piron nous entraîne de la Mecque à Rome sur les traces de son héroïne qui va virer James Bond girl. Le roman, d’abord historique décalé, tourne au thriller sauce Astérix avec une dose d’action et de suspense. Désopilant mais à ne pas prendre au sérieux.


De pierre et de sang (Maribé, éd. du Basson)

Se passionner pour les gargouilles. Quelle drôle d’idée. C’est pourtant son amour immodéré pour ces sculptures de créatures inquiétantes, voire monstrueuses, qui va pousser Eliot Gorova à accepter un poste de prof de français dans une abbaye de Koritnik (sud-est de la Serbie) qui abrite un pensionnat pour orphelins. Dans De pierre et de sang, le personnage que décrit Maribé va être amené à croiser des moines au comportement étrange, affronter une légende inquiétante et percer le secret d’une crypte maudite. Captivant.


Les Éprouvés, I et II (Richard Lorent, éd. Du Basson)

Les éprouvés, suite et fin ? Pas sûr. Ceci est un thriller politique qui a pour cadre une Belgique où s’affrontent l’extrême droite au pouvoir et l’Alliance des Éprouvés qui multiplie les attentats. Pourquoi le sociologue Hector Detroie a-t-il été enlevé ? L’homme gêne pas mal de monde. Des intérêts privés. Des puissances politiques. Detroie, c’est peut-être l’auteur lui-même qui a eu plusieurs vies : sociologue, syndicaliste, journaliste, homme politique. Richard Lorent signe ici un objet brûlant où se mêlent des éléments de fiction et des faits authentiques. Il se passe quelque chose au royaume de Belgique. Visionnaire ?


La vie a une fin, la vengeance pas (Ben Choquet, éd. du Pays Noir)

Trois ans après avoir été défaite, Claire, l’A-Reine, ancienne commissaire de police, reprend du service depuis le Colorado où elle s’était réfugiée. Le décès suspect de son oncle la ramène vers son Charleroi natal où elle sera confrontée à une réalité impitoyable. "Chacun de nos choix entraîne des conséquences dont on ne mesure pas toujours le prix", des mots qui vont à nouveau résonner dans cette suite de Vengeances et mat, ouvrage écrit alors à quatre mains avec Thomas Dansor. La suite donc, La vie a une fin, la vengeance pas, c’est Ben Choquet qui s’y est collé seul, il nous annonce une intégrale des deux volumes pour l’automne. Encore un peu de patience.