La crise Covid aura un grand impact sur les budgets des villes et communes. Pour l'heure, des retours que nous ont fait plusieurs communes, cet impact n'est pas encore vraiment chiffrable, mais il frappera probablement durement les recettes liées à l'IPP dès 2022, voire les subsides que la région ou le fédéral ne seront plus en mesure de donner. 

A Charleroi, pour relancer l'économie et tenter de préserver les emplois pour éviter une terrible vague sociale (qui se ressentira dans les impôts et recettes des communes), un prêt extraordinaire de 10 millions d'euros, sur 30 ans, a été contracté. Avec une option pour monter à 20 millions si nécessaire. Charleroi a l'avantage d'être assez peu endettée, et les taux d'intérêts sont bas depuis quelques années. Mais la première ville wallonne est aussi dans un contexte budgétaire très difficile : ce lundi, on s'attend à une annonce d'un prêt de 40 à 55 millions d'euros rien que pour boucler le budget 2021. Mais ce n'est pas lié au covid, le problème de Charleroi est structurel : le CPAS coûte de plus en plus cher depuis les exclusions du chômage, la crise Covid n'aidant évidemment pas; la police, malgré un sous-effectif, coûte également un bras à cause de normes KUL non-adaptées aux spécificités carolos; les cotisations de responsabilisation, enfin, pèsent chaque année un peu plus lourd dans les budgets depuis la réforme. Mais on nous confirme aussi à la Ville de Charleroi qu'aura projet n'a dû être reporté à cause du Covid. 

Le même son de cloche est donné du côté de Châtelet. Michel Mathy, l'échevin des finances, prévoit un bénéfice de 600.000€ sur l'année 2021. "Cette année, on est même allé piocher dans nos réserves (Châtelet possède 11M€ en banque, NdlR) pour augmenter le budget extraordinaire de 13,5 à 16 millions d'euros afin d'investir dans les voiries, les écoles et les bâtiments communaux", note-t-il. On s'attend cependant à une perte de recettes sur 2020 (notamment dans les taxes sur les commerces), et une baisse du précompte et des recettes liées à l'IPP pour 2021. "On gère serré, mais on n'a rien dû reporter comme projets pour l'instant."

Pas de report spécifique à Fleurus non plus, mais Loïc D'Haeyer indique avoir avancé plus vite sur le projet d'épicerie sociale... probablement vu le nombre de gens qui en ont de plus en plus besoin dans ce contexte de crise sanitaire et sociale. 

Un peu partout, boucler les budgets a été difficile, c'est une certitude. A Montigny-le-Tilleul, Marie-Hélène Knoops nous confie "ne pas avoir encore senti l'impact du Covid sur les finances", et aucun projet n'a été reporté pour des raisons financières. "Certains investissements sont reportés, mais c'est à cause du manque de personnel - en maladie - et du télétravail qui complique les tâches communales", nous indique la bourgmestre. "Par contre, on a peur de l'impact pour la suite, en 2022. On se pose des questions sur certains projets qu'on avait prévu en début de mandature : va-t-on pouvoir les faire? Faudra-t-il faire des choix? Probablement. On s'inquiète aussi de la disparition possible de certains subsides, et l'IPP rapportera moins." Dans cette commune, plutôt cossue, la dette s'alourdit tout de même, notamment en raison des cotisations de responsabilisation pour les employés et ouvriers de l'administration.

Un peu plus au sud, à Thuin, la bourgmestre Marie-Eve Van Laethem présentera également son budget prochainement : "il faut savoir que dans une commune, on finance beaucoup de choses par emprunt. Donc on inscrit un montant au budget, mais on ne libère ces montants que par tranches, au fur et à mesure. Si je mets un projet à l'extraordinaire en 2021, je n'en verrai la conséquence sur mon budget ordinaire en 2022, avec les intérêts à payer sur emprunt." Ce qui n'a pourtant pas poussé la commune à repousser des investissements... pour l'instant. "La crise n'a pas d'impact budgétaire aujourd'hui, mais quand les gens vont rentrer leurs revenus 2020 pour l'IPP, on s'attend à une fameuse baisse. A ce moment-là, je vais devoir équilibrer mon budget... et peut-être faire ou ne pas faire des projets. Avec les gens au chômage économique, qui ont gagné moins d'argent, ou les commerçants qui ont fermé quelques semaines, mois, voire totalement, ça risque de faire mal."

Pont-à-Celles est la première commune à mentionner que le budget 2021 sera en déficit. Ce qui est normalement interdit (un budget doit être à l'équilibre), mais autorisé par une circulaire, si le déficit est lié au covid. "On prévoit une perte de 104.000€ liée au covid", annonce Pascal Tavier, le bourgmestre. "A cela, il faut ajouter qu'en crédit spécial de recette préfigurant de dépenses non-engagées, il y a 187.500€. Ces deux montants, nous devrons les trouver en cours d'année, et donc peut-être que certains projets seront retardés, difficile à dire pour l'instant."

Les communes, comme beaucoup de leurs citoyens, vont devoir se serrer la ceinture. On parle de 300 millions d'euros sur l'ensemble des communes wallonnes. Et c'est en parlant uniquement en termes budgétaires, sans compter les difficultés sociales, dépressions, pertes d'emplois, décès, et autres tragédies que le coronavirus a apporté avec lui.