La ville joue à qui perd gagne avec son patrimoine.

A Couillet, les châssis à mollette de l’ancien charbonnage du Pêchon ne disparaitront pas du paysage ! Le fonctionnaire délégué avait jusqu’à ce mercredi pour octroyer ou non le permis de démolition à la Région wallonne qui lui en avait fait la demande. Raphaël Stokis s’y est opposé. 

Inscrits dans l’inventaire du patrimoine régional, les chevalements seront donc préservés, aux frais de la Wallonie qui en est propriétaire. Cette décision l’oblige en effet à investir dans la stabilisation et la conservation des structures. Autant dire que la ville s’en réjouit. Informé du projet de démolition, le collège avait clamé haut et fort son intention de le bloquer par tous les moyens légaux. 

Protéger la mémoire est une ligne politique qui l’honore. Le hic, c’est que Charleroi veut imposer aux autres ce qu’elle s’interdit à elle-même, faute de moyens. A cet égard, l’exemple du haut-fourneau n°4 de Carsid est éclairant. Si la ville s’est toujours déclarée favorable à sa préservation, l’échevin du Patrimoine Thomas Parmentier (PS) s’est montré très clair lors du dernier conseil communal : « il n’est pas question de racheter l’outil, fût-ce avec l’aide de la Région wallonne. Car cet outil, on n’a pas les moyens de l’entretenir ! » 

Un poids deux mesures ? Ca y ressemble. C’est ainsi que Charleroi ne semble vouloir se battre pour le maintien de son patrimoine que si le coût est pris en charge par ailleurs. Ce qui revient un peu à payer une tournée générale avec l’argent des autres… A Lodelinsart, le démontage de l’église Sainte-Marie le démontre à souhait : propriété communale, l’édifice religieux est inscrit à l’inventaire wallon, tout comme les châssis à molette du Pêchon. L’église n’a pourtant longtemps bénéficié ni de la moindre attention ni d’aucun entretien, son accès étant même interdit depuis 2012. Sept ans plus tard, le bourgmestre vient de prendre un arrêté de démolition pour d’impérieuses raisons de sécurité publique. 

Fais ce que je dis et pas ce que je fais ? Le rapport de stabilité des chevalements de Couillet ne dit pas autre chose : problèmes de structure et de charpente, exposition à la rouille, mauvais état des cages d’escalier, dégradation des fondations : il y aurait eu de quoi raser. Pourtant, il faudra préserver et en payer le prix, la Région n’aura pas le choix.