La suppression du jour de congé pour donner son sang semble être à la base de ce constat.

Depuis ce mardi, le centre de transfusion sanguine de Charleroi est en pénurie de sang du groupe O négatif. "Et l’équilibre de nos stocks est devenu instable", confie la porte-parole Laurence Lecomte. Depuis le début de l’année, le nombre d’unité de sang prélevées au siège de l’institution connaît une baisse de près de 20 %. "C’est deux fois plus que l’année précédente où les collectes avaient déjà subi un recul proche de 10 %", poursuit-elle.

Si aucune statistique ne permet de faire le lien avec l’entrée en vigueur de la mesure, la suppression du jour de congé accordé aux agents de la Ville et du CPAS de Charleroi qui donnaient leur sang de manière volontaire semble être à la base du phénomène.

"Nous devons bien constater que nous distribuons beaucoup moins d’attestations à remettre à l’employeur", poursuit Laurence Lecomte. Plus clair encore : "lors d’une collecte décentralisée organisée en janvier à proximité de l’administration communale, nos infirmières n’ont vu aucun des fonctionnaires qui avaient l’habitude de se présenter."

Ce qui tendrait à confirmer l’impact de la disparition de cet avantage. Les syndicats confirment : la mesure est entrée en vigueur au début 2016. "Il s’agit de la mise en application d’une directive européenne qui interdit toute rémunération pour une collecte de sang", indique le secrétaire régional de la CGSP Philippe Barbion.

Selon sa collègue de la CSC Services Publics Mounia Benslaama, "le point faisait partie d’une vaste négociation salariale et statutaire que nous avons menée en octobre-novembre. Nous avions demandé à ce que le temps de collecte et celui des déplacements puissent continuer à être payé au personnel, mais les directions générales de la Ville et du CPAS s’y sont opposées, estimant que cela pouvait donner lieu à des recours en justice."

Conséquence : pour faire don de son sang, l’agent doit désormais prendre un jour de congé et se déplacer par ses propres moyens. Le directeur général de Charleroi plaide la bonne gestion des ressources humaines pour défendre la suppression de cet avantage historique. "Avec le non remplacement de deux départs sur trois, nos services sont déjà mis sous pression", indique Christophe Ernotte. Comme le don de sang n’entraîne aucune fatigue anormale, nous avons décidé de supprimer le jour de congé. Sur base du nombre d’agents de la fonction publique communale et du CPAS, cette mesure aurait pu générer 32.000 jours d’absence par an, soit un par trimestre par personne pour 8000 employés et ouvriers. Ingérable."

Au nom de l’autonomie locale, d’autres services publics ont maintenu l’octroi d’une dispense de service temporaire, durant le temps de collecte : c’est notamment le cas à l’intercommunale de santé publique du pays de Charleroi, l’ISPPC qui gère deux hôpitaux.