Rencontre avec Dan Verlinden, dessinateur de BD carolo pur jus.

La BD a explosé, et si Charleroi n’est plus le centre du monde à ce niveau-là, les artistes carolos, eux, n’ont pas perdu la main. Nous sommes allés à la rencontre de Dan, Verlinden de son nom, le dessinateur qui a repris Soda depuis le tome 13, qui a travaillé 15 ans sur le Petit Spirou avec Tome et Janry, à qui l’on doit l’album "Luna Fatale " de Spirou&Fantasio. Carolo, born and raised, l’homme au chapeau est passé par Jumet, Fontaine-l’Évêque, avant de s’installer à Mont-sur-Marchienne. "Ça reste symbolique, Charleroi, Marcinelle, on reste forts niveau bande dessinée."

Avec son ami d’enfance Joël Hemberg - ils étaient en classe ensemble à l’athénée de Gilly, puis sur les mêmes bancs aux Beaux-Arts de Châtelet -, l’artiste va lancer une nouvelle série. "C’est une saga de science-fiction, Joël au scénario et moi au dessin", explique-t-il, un café à la main, dans son atelier-appartement. "Le premier album sera gros, 64 pages, aux éditions Kennes de Loverval. Sur un ton semi-réaliste, semi-humoristique : ce ne sera pas du Petit Spirou, mais pas du Soda noir non plus. On voulait faire une BD que nos enfants pourraient lire, de 8 à 15 ans. Mais les adultes y trouveront leur compte aussi, la preuve, c’est que nous on aime beaucoup."

Et le style ? "Ça sera le mien, globalement celui de l’école de Marcinelle, que j’ai un peu adapté pour Soda pour ne pas perdre le lecteur, mais sans me forcer, parce que sinon ça devient du recopiage et c’est assez ennuyeux. J’essaye de faire un mix entre deux dessinateurs que j’adore : Warnant et son trait expressif, nerveux, très intense et avec une énergie comme on la trouvait chez Franquin. Et celui de Gazzotti, beaucoup plus clair, fluide et classe en même temps. En art, on peut toujours évoluer. On ne le fait pas toujours, mais on peut toujours. Et moi, j’ai évolué en quatre ans."

On n’en saura pas plus, à part qu’il a déjà une petite moitié des planches, et qu’il n’y touchera pas pendant les prochains mois, "parce qu’on aimerait sortir le quatorzième tome de Soda pour Angoulême (le plus gros festival BD, NdlR)". Une première publication S-F, qui ne sera pourtant pas sa première incursion dans ce genre d’univers : "J’ai aussi dans mes cartons une histoire de 80 pages, de la S-F animalière, qu’on a préparée avec Philippe Tome… Mais on n’a jamais été publiés. Peut-être un jour."

La BD, c’est son métier. Son seul métier. Et partir sur des projets qui ne trouvent pas d’éditeur fait partie des risques : "Ça n’a pas toujours été facile, et même si j’en vis, c’est de moins en moins facile : il y a de plus en plus de bandes dessinées, oui. Mais aussi de moins en moins de tirages. Et là où avant on était payé au fixe, à la page, et qu’on touchait ensuite des droits si l’album marchait bien, on est maintenant de plus en plus payés en avances sur droits d’auteur. Donc il faut déjà que ça se vende bien pour vivre. Enfin, moi je n’ai pas à me plaindre aujourd’hui, mais c’est très dur de commencer."

Il faut dire que Dan a roulé sa bosse. "J’ai côtoyé des pointures toute ma vie, Tome et Janry sont des amis depuis vingt ans, et j’ai connu des soirées avec Franquin, Peyo, Roba, Will et Morris à la même table. Quand on a 17 ans, ça marque."

Il a récemment perdu Stéphane (Stuf), son coloriste. "La couleur avec lui avait un aspect narratif. C’est lui qui avait pensé les chartes graphiques de Soda , de Spirou&Fantasio . Par exemple, il faisait le milieu policier souvent en bleu, pour la symbolique. La couleur apporte énormément dans une bande dessinée, il faut des harmonies, puis soudain un contraste, pour diriger l’œil du lecteur. C’est important pour l’émotion, la clarté de l’histoire, la lecture du dessin."

© van Kasteel

Apprenez à dessiner avec lui le 24 août !

Dan Verlinden a profité des grands noms de la BD carolo, il veut rendre la pareille : le 24 août prochain, à Loverval dans les bureaux des éditions Kennes, le dessinateur prévoit une journée d’ateliers avec l’ASBL Laborat01re.

"Il y a des petits trucs, pour éviter de buter, pour se débloquer. On apprend beaucoup en se faisant corriger par un œil extérieur." C’est une situation qu’il a lui-même connue, quand il est passé pour la première fois chez Tome et Janry et qu’il s’est retrouvé bloqué pendant six heures sur une case de Spirou… "Ça n’allait pas, la déco, la perspective, quelque chose clochait. Je l’ai fait, et refait, sans jamais trouver ce qui n’allait pas. Puis Janry est passé, et en un coup de crayon il a rectifié ce que j’avais mis la journée à mal faire."

En une demi-journée, de 9 à 12 heures, ou de 13 à 16 heures, il accueillera les participants pour une initiation à la BD. "C’est ouvert à ceux qui se lancent, ou qui ont déjà de l’expérience : vu que ce sont des petits groupes, je pourrai donner des conseils personnalisés, montrer mes techniques, mes trucs et astuces, et les participants repartiront avec une dédicace."

Prix : 65 euros/Infos et inscriptions : laborat01re.com