Mohamed, le propriétaire, risque un an de prison et la confiscation de son "pavillon".

C’est un cheval de bataille pour la Ville de Charleroi : identifier les immeubles transformés en "cages à poules" et les marchands de sommeil qui entassent les locataires dans des cagibis insalubres moyennant un loyer indécent. Des poursuites judiciaires sont engagées contre ces propriétaires peu scrupuleux et aboutissent devant le tribunal correctionnel.

C’est ainsi que Mohamed, un jeune retraité sexagénaire, était prévenu à abuser de la situation précaire de deux dames à qui il a loué son "pavillon" de la rue de l’Étang à Lodelinsart. "Il pleuvait dans cette petite cahute qui n’est même pas répertoriée comme habitation à l’urbanisme" , explique le parquet. "Les châssis étaient pourris, le plafond menaçait de tomber dans certaines pièces, le plancher était troué… Bref, c’est un véritable taudis que Mohamed a loué pour 500 euros à sa première locataire, une femme battue qui cherchait absolument un endroit pour se réfugier. La deuxième personne payait 350 euros et avait plusieurs enfants. Les lieux étaient bien trop exigus pour les loger."

Au terme de son réquisitoire, le ministère public a requis un an de prison contre le propriétaire, ainsi que la confiscation du pavillon et d’une somme de 3250 euros, équivalente aux loyers perçus. "J’ai pourtant rafraîchi l’immeuble avant de le louer", explique Mohamed, quelque peu déstabilisé par sa comparution devant le tribunal.

Selon son avocat, Me David Fesler, le propriétaire n’a d’ailleurs commis aucune faute. "Si l’on en croit les archives de l’urbanisme, ce bâtiment était occupé et même loué depuis de nombreuses années. Ce qu’on oublie, c’est que la dernière locataire avait accepté d’accueillir huit personnes dans ce logement minuscule. Et elle n’entretenait pas les lieux, ce qui explique leur détérioration."

Au terme de sa plaidoirie, l’avocat a donc sollicité l’acquittement. En attendant une décision définitive, Mohamed ne peut louer son bien. "En plus, des voleurs viennent régulièrement chiper des robinets et des châssis" , s’est-il plaint au tribunal, qui rendra sa décision le 4 avril.