Début 2020, le front commun syndical FGTB-CSC apprend qu'un congrès politique pour la fondation d'un parti d'extrême droite doit se tenir dans une habitation de Gilly. Le 25 janvier 2020, ils se réunissent devant l'habitation en question avec le Front Antifasciste Liège 2.0, avec pour objectif d'empêcher "pacifiquement" les militants d'extrême droite de se réunir.

Les antifas ont prévenu préalablement le bourgmestre Paul Magnette (PS), qui a pris un arrêté pour autoriser la manifestation "sans entrave à la libre circulation des personnes" et "sans menaces et sans violences". La police locale de Charleroi a été chargée d'encadrer la manifestation.

Mais à un moment, ça a dérapé: la police a fini par utiliser du gaz lacrymogène et l'arroseuse pour disperser les manifestants. Que s'est-il passé? Les témoignages divergent: du côté des manifestants, si on reconnaît une "désobéissance civile" en empêchant l'extrême droite de se réunir, on parle de chaos, d'un crâne ouvert par un coup porté par un policer, de yeux brûlés et de répression policière avec usage excessif de la force; du côté de la police, on explique qu'il y a eu 4 avertissements, une bagarre entre manifestants et participants au congrès, ainsi que la présence de six individus en treillis qui ont voulu en découdre avec les forces de l'ordre, menant à la réponse policière qu'il y a eu.

Paul Magnette, visiblement pris en étau entre protéger sa police et garantir le droit de manifestation, a dès lors demandé un rapport à l'AIG (Inspection Générale de la police) pour mettre la situation au clair. Deux rapports d'une trentaine de pages chacun ont été rendus public le 10 janvier 2022.

Qu'y lit-on? En très résumé, que "c'est la faute à tout le monde", en fait. C'est plus finement analysé et dit avec davantage de tact, mais en bref:

  • Les manifestants n'avaient pas à bloquer l'accès au congrès et n'ont pas respecté l'arrêté de police qui encadrait le rassemblement.
  • Ce n'était pas une raison pour utiliser des sprays lacrymogènes (réservés à des situations défensives et de violences graves), ou d'amener une arroseuse qui a été perçue comme de la provocation, alors qu'il n'y a pas eu de violences sur place. L'utilisation de la force n'a pas été proportionnée - même si l'Inspection précise que l'analyse a posteriori d'événements permet un recul pas toujours possible sur le moment.
  • Le bourgmestre Paul Magnette est aussi mis en cause, puisqu'il a "toléré" une manifestation dont l'objectif avoué était de bloquer l'accès de l'extrême droite à une réunion, sans organiser de réunion de concertation préalable entre police, ville et manifestants pour cadrer les choses. Ce qui a amené aussi la police à devoir agir avec des instructions peu claires.

L'AIG a donc émis toute une série de recommandations pour la Ville de Charleroi et la police locale, pour tenter d'éviter qu'une situation similaire se reproduise. Globalement, il s'agit de mieux se préparer et de mieux cadrer ce genre d'événements, ainsi que mieux communiquer sur place. L'enquête de l'AIG ne visait pas à punir ou dénoncer, mais à "apporter une contribution positive" pour optimiser les choses.

Commentaire du journaliste: Pour celles et ceux que ça intéresse, on ne peut que vous conseiller la lecture des rapports. Le second notamment revient sur le déroulé de la journée quasi minute par minute, et sur les concepts de "partage de l'espace public" ainsi que le difficile équilibre démocratique (i.e. : une réunion privée peut se faire même si c'est l'extrême droite vs. les antifascistes ont le droit de manifester leur opposition à l'extrême droite en public). Il n'est par contre nulle part mention du danger et des idées nauséabondes de l'extrême droite, qui sont tout de même à la base de la manifestation du 25 janvier 2020, et sans lesquelles toute cette situation n'aurait probablement jamais existé : il peut être bon de le rappeler, même si on sort du factuel pour entrer dans l'opinion, parce que c'est aussi une part importante de l'équation.