Une petite centaine de manifestants se sont rassemblés devant Médiasambre, les bureaux de la RTBF de Charleroi et de Télésambre, vendredi matin. Ils étaient encore une vingtaine quand on est passé sur place, en début d'après-midi.

Ils protestaient contre le Covid Safe Ticket et le spectre de l'obligation vaccinale. Ils se sont donnés rendez-vous à Charleroi, via les réseaux sociaux, parce qu'ils ne veulent pas être attaqués sur leurs libertés fondamentales, disent-ils.

Ce qu'ils disent

Les trois protagonistes auxquels on a parlé ne sont pas "antivax", selon eux. Ils ne sont pas non plus en déni quant à la pandémie, ni même à la gravité de la situation sanitaire. Ce qu'ils veulent, c'est une meilleure représentation dans le débat public de leur opinion et de leur choix. Et c'est pour ça qu'ils étaient dans la rue : "aujourd'hui, j'ai l'impression d'être pestiféré parce que je ne veux pas me faire vacciner. Même mes parents ne comprennent pas mon choix, ne veulent pas écouter mes doutes. Je suis catalogué complotiste. Mais on le dit toujours et partout: se faire vacciner, c'est un choix. Il faut donc arrêter de nous monter les uns contre les autres", explique un trentenaire sur place.

D'un côté, les manifestants dénoncent le spectre de "l'obligation vaccinale", qu'ils redoutent: eux ne veulent pas se faire vacciner, invoquant parfois un choix, parfois un doute. Ils disent par contre n'avoir absolument aucun problème à ce que le reste de la population soit vacciné. "Mais si demain une loi passe pour rendre le vaccin obligatoire, je deviens hors-la-loi, et donc passible de poursuite", explique un autre, plus âgé.

De l'autre côté, ils dénoncent l'utilisation du Covid Safe Ticket. "Je me lave les mains régulièrement, je porte le masque, je fais souvent des tests pour avoir le CST valable parce que je ne suis pas vacciné", nous dit un interlocuteur. "Quand je viens de faire un test, je sais que je suis négatif. Ceux qui sont vaccinés ne savent pas s'ils ont le virus, et on voit d'ailleurs que depuis qu'il y a le vaccin il y a relâchement des gestes barrières, du port du masque, tout le monde le dit et l'observe. Et ce serait moi le problème, moi qui essaye de faire au mieux, de respecter les mesures, mais qui refuse le vaccin?"

Ils se sentent pris en étau, jugés par l'opinion publique. Certains sont prêts à se faire vacciner, peut-être, un jour, mais refusent d'y être obligés. D'autres sont catégoriquement opposés au vaccin et rien ne les convaincra de changer d'avis, on leur a demandé. D'autres enfin sont en proie au doute, entendent la majorité des soignants qui les exhortent mais entendent aussi la minorité (parfois très représentée surtout sur les réseaux sociaux, NdlR) qui sème le doute sur l'efficacité du vaccin ou sur des potentiels effets secondaires.

Commentaire du journaliste

Hormis quelques arguments fallacieux typiques du monde "antivax", on a surtout eu l'impression d'entendre des gens perdus entre ce qu'ils lisent et ce qu'ils entendent, de tel ou tel expert (ou non-expert mais se présentant comme tel). Des gens qui ont peur aussi, visiblement. Des gens qui ne comprennent pas comment on peut en quelques mois de temps dire que le virus n'atteindra pas la Belgique puis décréter un confinement, entendre que le masque ne sert à rien puis qu'il est rendu obligatoire, dire que la vaccination sortira la Belgique de la pandémie et se retrouver dans une 4e vague. Et des gens qui veulent défendre leur liberté de ne pas se faire vacciner.

Mais pourtant aujourd'hui, les hôpitaux en sous-effectifs sont surchargés et doivent à nouveau reporter des hospitalisations qui auraient été nécessaires hors pandémie. Et il faut rappeler qu'en parallèle, le vaccin diminue de 88% les risques d'être hospitalisé et de 93% ceux de se retrouver en soins intensifs. Le vaccin est donc un des moyens de combattre cette pandémie. Enfin, que les mesures sanitaires telles que le CST sont une tentative des dirigeants politiques, conseillés par des experts, de conserver un maximum de libertés, une économie qui tourne, et des hôpitaux qui peuvent continuer à sauver des vies. Tout cela en même temps. Et choisir, c'est renoncer - surtout dans une pandémie où chacun navigue en aveugle et où les vérités d'hier ne sont pas celles d'aujourd'hui.

Pour y voir plus clair et avoir des informations fiables, sourcées et détaillées, on ne peut qu'inciter à aller consulter des rubriques de fact-checking pour des informations plus précises, argumentées et ciblées sur - notamment - la pandémie de Covid-19. On peut ainsi citer Faky (RTBF) ou La Source (La Libre).