Pablo, aujourd'hui âgé de 20 ans, travaille comme article 60 pour un CPAS. Longs cheveux bouclés tenus par une élastique, le jeune homme sortait à l'époque avec Angela, âgée de 13 ans, depuis quatre jours, ce qui ne plaisait pas à Yasin, secrètement amoureux de cette jeune fille.

Le 8 juillet 2018, le petit groupe se trouvait dans le centre de Châtelet. Pablo se souvient que Romain et Eloïse parlaient fort en s'insultant mutuellement. "Ils étaient ivres morts et se chamaillaient. Martin disait à sa femme de fermer sa gueule. Nous sommes intervenus pour dire à Romain de se calmer. Nous avons demandé à la fille si tout allait bien et elle nous a répondu de ne pas nous inquiéter".

Romain et Eloïse se sont éloignés vers le kiosque de la place de la Victoire, en continuant à se chamailler. "J'ai vu deux coups, mais je ne sais plus où ils ont été portés, et la dame est tombée". Ce qui n'est pas démontré par les images diffusées lundi, rappelle la présidente de la cour. "J'en ai déduit qu'il l'avait frappée", répond le témoin qui a interpellé une voiture de police, de passage dans le coin. Romain, quant à lui, courait sur la rue de Loverval. Selon Pablo, il voulait fuir, car il avait porté un coup à sa compagne.

Plus tard, les caméras filment Pablo qui entre dans le parking du magasin de décoration. Il enlève sa casquette et sa veste de training pour rejoindre, d'un pas décidé, Romain Martin dans le fond du parking. La scène de coups n'a pas pu être captée par la caméra installée de l'autre côté de la route. "Je l'ai vu sortir du buisson. Je lui ai demandé s'il frappait sur les femmes, il m'a répondu de me mêler de mes affaires". Pablo répond à la présidente Baes que ce n'était pas ses affaires. Le témoin conteste avoir cherché Romain avec une lampe de poche.

Pablo, qui pratiquait la boxe anglaise depuis un an à l'époque, raconte qu'il a fait une balayette à Romain et lui a porté quelques coups de poing au visage et un shoot dans le ventre. "Il s'est mis en boule pour se protéger et j'ai arrêté de frapper. Il était encore conscient". Angela et Yasin sont alors arrivés sur le parking. "J'ai encore mis des coups au niveau de la tête, avec Yasin, qui a visé le visage et le corps avec des pêches et des claques".

Yasin et Pablo ont déplacé le corps de Romain vers le trottoir. "On l'entendait gémir", poursuit Pablo. "Je ne voulais pas le tuer mais lui donner une leçon. On ne voulait pas le laisser là comme un chien, car on lui avait donné de solides coups". Toutefois, Pablo n'a pas pensé à appeler les secours.

Pablo et Angela sont montés dans un taxi avec Eloïse. Le chauffeur de taxi a rapporté les propos des deux jeunes dans l'auto. Ils rassuraient la jeune femme ivre en lui expliquant que Romain n'allait passer que peu de temps dans le coma. Hélas, Yasin est resté près de Romain pour l'achever d'un violent coup de pied à la tête, fatal selon le médecin légiste. Romain a été transféré dans un état de mort cérébrale à l'hôpital. Il y est mort quelques heures plus tard. "L'individu debout près de la victime semblait agressif, raison pour laquelle je ne me suis pas arrêté mais j'ai compris que ces jeunes étaient impliqués dans cette affaire", a déclaré le chauffeur du taxi qui s'est rendu plus tard à la police.

Lors des questions, Pablo a été malmené par Me Mayence. Il a demandé à quitter le prétoire, ce qui a été refusé par la présidente de la cour. "Je répète pour la énième fois, c'est flou dans mes souvenirs", dit-il suite à des questions précises posées par l'avocat qui note une contradiction flagrante dans la déclaration du témoin. Ce dernier a déclaré devant la cour que Romain avait tenté de le frapper en premier, or il a dit l'inverse lors de son premier interrogatoire à la police. Il avait déclaré alors que Romain n'avait pas pu riposter.

Fébrile, le témoin a obtenu quelques minutes de pause pour remettre ses idées en place. "Oui, je lui ai donné le premier coup, car il s'approchait de moi", a-t-il déclaré après son retour.

Pablo est convoqué le 24 septembre 2021 devant le tribunal de la jeunesse de Charleroi pour répondre de cette agression.