Charleroi Dans une carte blanche publiée par nos confrères du "Soir", ce jeudi 18 avril, deux anciens recteurs de l'ULB et de l'UMons dénoncent un torpillage de la future université de Charleroi. Plusieurs hommes et femmes politiques les rejoignent.


Petit rappel des faits
: les diplômés de la région de Charleroi sont très peu nombreux. Malgré une population jeune, les "cerveaux" s'enfuient. La DH en a déjà régulièrement parlé, mais en gros, l'absence d'université et la précarité d'une large frange de la population mènent Charleroi à n'avoir que peu de personnes diplômées.

Et ceux qui décident de quitter leur territoire natal pour aller étudier à Namur, Louvain ou Bruxelles finissent très souvent par s'installer là-bas. Ce qui est triste en soi pour les générations futures et la mixité sociale, mais pose également un problème fondamental pour les entreprises (et par extension l'économie du Pays Noir) qui ne trouvent pas de candidats diplômés pour des "jobs" nécessitant une connaissance plus précise d'un sujet particulier. Par exemple, des ingénieurs pour créer les moteurs des avions de demain, ou des biologistes pour développer des médicaments.

Face à ce constat, la fédération Wallonie-Bruxelles a décidé de financer la création d'un campus universitaire à Charleroi. D'ici 2023, il devrait rassembler l'ULB (université libre de Bruxelles), l'UMons (université de Mons), la HEPH Condorcet (haute école provinciale de Hainaut) et l'Université ouverte de la Ville de Charleroi. 25 millions sont mis sur la table pour créer un campus des Sciences, des Arts et des Métiers à la ville haute, avec des enseignements d'ingénierie, de sciences sociales et politiques, de bio-chimie et d'aéronautique notamment. 10.000 étudiants sont concernés.

Mais l'université Saint-Louis a déposé un recours en annulation pour ce financement devant la Cour Constitutionnelle. C'était par l'agence Belga, le 11 avril dernier, que l'information est tombée : le recteur de l'université bruxelloise, Pierre Jadoul, dénonçait le financement forfaitaire à hauteur de 400.000€ par an et par filière que devait recevoir Charleroi. "Un financement tout à fait déraisonnable" et "exhorbitant" d'après Saint-Louis, bien plus élevé que ce que reçoivent les autres universités en Belgique francophones (dont Saint-Louis, justement).

Face à l'annonce de 2,4 millions d'euros au total accordés à deux bacheliers, en sciences humaines et sociales, et en sciences biologiques, Saint-Louis a introduit un recours en annulation contre les décrets qui prévoient le financement de ces filières à Charleroi.

Une semaine plus tard, deux anciens recteurs contre-attaquent via une carte blanche, publiée au "Soir". Calogero Conti (UMons) et Pierre de Maret (ULB) disent leur consternation face à un torpillage qui semble, d'après eux, orchestré par l'UCL.

L'université de Louvain a, en effet, vu ses demandes d'habilitation sur Charleroi être "refusées massivement par le conseil d'administraton de l'Ares" (fédération de 127 établissements d'enseignement supérieur en Wallonie et à Bruxelles, NdlR). "Jamais dans le passé nous n'avons assisté à une démarche similaire", écrivent les deux hommes dans le Soir, en mettant en avant les collaborations universitaires en Belgique ces vingt dernières années pour aller vers un "mieux collectif" et "l'intérêt des citoyens", en travaillant main dans la main.

"La démarche de Saint-Louis est d’autant plus choquante que cette institution n’a aucune raison objective d’intervenir dans ce dossier. Elle n’a jamais demandé une accréditation sur Charleroi et elle ne sera en rien lésée financièrement", ajoutent-ils. Le budget accordé à Charleroi est plus important qu'ailleurs parce qu'il s'agit d'une "impulsion" pour les trois premières années, et "le budget retournera ensuite dans l'enveloppe globale".

Le monde politique n'a pas tardé à réagir. Sur les réseaux sociaux, plusieurs hommes et femmes politiques (on a vu l'exemple de Caroline Desalle/CDH et Philippe Knaepen/MR, mais d'autres nous ont sûrement échappé) se sont insurgés contre la décision de Saint-Louis de faire un recours contre une aide à une région sous-développée au niveau de ses études universitaires. 


(en illustration: auditorium de Namur)

Correctif 22/04: retrait de la mention CdM, qui n'a pas de bachelier à Charleroi.